Sans titre – Valérie Gans

Connaissez-vous le « death effect » selon lequel lorsqu’un artiste meurt de façon inattendue, le prix de ses œuvres augmente alors brutalement ? Mais qu’en est-il réellement de cet effet lorsque les toiles dont la cote s’envole représentent des visages torturés et plutôt laids ? C’est le point de départ du très bon roman de Valérie Gans, intitulé Sans titre, comme la plupart des œuvres d’art contemporaines…

Éditeur : JC Lattès

Nombre de pages : 320

Parution : Avril 2018

Prix : 19 € ; Version ebook disponible

« La laideur faisait vendre. La beauté ennuyait ». Tel est le constat s’imposant à Charles à la suite du décès brutal de son compagnon Egon, artiste peintre suisse. De son vivant, Egon avait en effet connu un bref succès avec une série de toiles – les Uglies –, succès qui tardait à se confirmer avec d’autres œuvres lorsqu’il périt à Bali dans des conditions sordides. Aussi surprenant que cela puisse paraître, sa cote se met à grimper jusqu’à atteindre des sommets sur le marché international de l’art !

Jean-Michel Basquiat, Untitled,1982, Courtesy-of-Sothebys

C’est alors que vient une idée originale à Charles qui s’interroge sur le succès d’Egon, reposant peut-être sur la beauté de ses œuvres, marquées par la singularité des visages représentés. Qu’en serait-il s’il transposait cette hypothèse à sa propre pratique ? Après avoir débuté dans la reconstruction plastique de soldats blessés lors de conflits armés, Charles, devenu chirurgien esthétique, est parvenu à un point de saturation extrême, supportant de plus en plus difficilement de reproduire des canons de beauté à la chaîne. Et si la solution, pour retrouver l’envie de poursuivre son activité, était d’enlaidir les patients plutôt que de répéter des opérations à l’envi où toutes les personnes finissent par se ressembler ? Plus justement, créer des aspérités sur des visages afin de leur conférer une originalité correspondait-il à une réelle attente et répondait-il à une définition de la beauté éloignée des idées préconçues ? 

Charles ne tarde pas à éprouver cette idée lorsqu’il rencontre Chloé, analyste financier, qui vient le solliciter pour, précisément, lui demander de trouver une solution chirurgicale au problème qui la perturbe : trop belle, ses interlocuteurs professionnels ne la prennent pas au sérieux. « Sans titre » est ainsi l’occasion pour Valérie Gans d’interroger la notion de beauté et ses rapports avec l’art, une réflexion passionnante à laquelle nous convie cet auteur, collectionneuse d’art contemporain à la suite de sa grand-mère et de sa mère… C’est donc d’un regard avisé et non dénué de cynisme qu’elle croque ainsi le milieu artistique, et la société en général.

Photo de Stefan Draschan

À noter dans le livre une scène d’anthologie où lors d’une foire internationale, une femme, qui ressemble au tableau qu’elle regarde, à la manière des formidables photos de Stefan Draschan qu’il vous faut découvrir si vous ne le connaissez pas encore (stefandraschan.com…) semble réaliser une performance, et meurt littéralement sous les applaudissements de spectateurs enthousiastes :

« habitués à ce que tout et n’importe quoi fut considéré comme de l’art (…) ils n’avaient pas réalisé qu’ils assistaient à un infarctus en direct ».

Loin de s’en tenir à ce sujet, le roman de Valérie Gans va bien plus loin en abordant avec beaucoup de finesse d’autres thèmes, à commencer par la relation amoureuse. Elle qui avait initialement imaginé mettre en scène un couple d’hommes, y a fait surgir une femme, et suscite dès lors bon nombre de réflexions sur la question de savoir si l’attirance que l’on peut éprouver pour quelqu’un est conditionnée par son genre ou bien sa personne… Vaste débat auquel ce roman contribue de manière subtile.

Enfin, c’est à un vrai thriller psychologique que nous convie la lecture de ce livre, qui n’est pas sans rappeler le très bon roman de Gyllian Flynn Les apparences, notamment sur sa construction.

Thriller car les apparences s’avèrent parfois trompeuses, les manipulés/manipulateurs ne sont pas forcément ceux que l’on pense et les faux-semblants… convaincants !

Crédit photo ©Delphine Jouhandeau

À propos de l’auteur

 

Journaliste au Figaro Madame, Valérie Gans est l’auteur de plusieurs romans. Sans titre est son dix-septième. La famille, la transmission, la place des hommes et des femmes dans nos sociétés sont ses sujets de prédilection.

Une vidéo proposée par Deux points ouvrez les guillemets.

Quelques pages en extrait du livre :

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