Quelques brèves de Julie

 

S36 – 18 au 24 mars 2019

 

Un peu de culture dans ce monde de brutes.

🎞🎥 « Les Hirondelles de Kaboul » de Zabou Breitman et Éléa Gobbé-Mévellec, adapté du roman de Yasmina Khadra, avec Simon Abkarian, Zita Hanrot, Swann Arlaud, Hiam Abbass, 2019 🇫🇷
Au programme de la sélection officielle – Un certain regard du Festival de Cannes cette année, ce long métrage est une réussite ! Réalisé à quatre mains par les talentueuses Zabou Breitman et Éléa Gobbé-Mévellec, il met en scène deux couples évoluant dans la ville de Kaboul en 1998, alors sous la coupe des talibans.

Un film d’une force étonnante, tristement d’actualité, à l’heure où les attentats dans la ville se multiplient. Kaboul y apparaît, sous des aquarelles somptueuses, écrasée de chaleur, misérable. Lapidations, violence, désespoir, gouvernent le quotidien de ses habitants, pour la plupart résignés. Quelques-uns tentent cependant de résister. Atiq en est le geôlier. C’est lui qui a la triste charge de conduire les condamnés vers la mort. Après des années de bons et loyaux services, il n’en peut plus, tout sens à sa vie l’ayant quitté, d’autant que sa femme, Mussarat, est gravement malade. Quant à Mohsen, c’est un intellectuel et lui aussi est à bout de force. Il erre jours et nuits dans les rues et trouve son seul réconfort en sa femme, Zunaira, dessinatrice. Un jour, il commet l’impensable et, tentant de retrouver un semblant d’humanité, il la convainc de sortir prendre l’air. Mais les choses ne se passent absolument pas comme il l’avait espéré et sa femme se retrouve rapidement derrière les barreaux, condamnée elle aussi à être lapidée.
« Les hirondelles de Kaboul » est un film sombre et tragique. Toute forme de raison a cédé place à l’obscurantisme le plus profond et ce film parvient parfaitement à nous faire toucher du doigt cette terrible réalité du point de vue des habitants de Kaboul qui subissent le régime en place bien davantage qu’ils ne l’ont choisi. L’adaptation animée apporte une distance certaine, une poésie même le plus souvent, rendant la violence des situations davantage supportable.

Un film dont la réussite tient indubitablement à la justesse des personnages mis en scène, plus vrais que nature. Très fidèle au roman dont il est l’adaptation, le film s’en écarte néanmoins parfois légèrement tout en conservant une crédibilité saisissante. « Aucun soleil ne résiste à la nuit » regrette Zunaira. « Les hommes sont devenus fous ; ils ont tourné le dos au jour pour faire face à la nuit ».

➡️Chronique du livre ici.

📺 « Mindhunter » créée par Joe Penhall, produite par David Fincher et Charlize Theron (S1), réalisée par le 1er et produite par la deuxième (S2), avec Anna Torv, Jonathan Groff et Holt McCallany, 2 saisons, 19X60’ (en moyenne), 2017, Netflix 🇺🇸
Série coup de ❤️. La saison 1 mettait en scène deux agents du FBI, Holden Ford et Bill Tench qui, en 1977, ont initié les méthodes de profilage en s’intéressant à la psychologie de criminels en série particulièrement violents. Aidés de la psychologue Wendy Car, ils ont ainsi mis au point un questionnaire destiné à esquisser ces profils et prévenir des crimes horribles.

On les retrouve dans la saison 2, poursuivant leur œuvre, à la recherche en particulier d’un ou plusieurs tueurs qui s’attaqueraient à de jeunes garçons noirs à Atlanta. Les trois personnages principaux doivent faire face chacun à des épreuves personnelles plus ou moins douloureuses. Les acteurs sont excellents, le sujet original et particulièrement bien traité. J’adore ! Cette série est tirée de la réalité et trois autres saisons seraient dans les tuyaux…Deux légers regrets toutefois : des petites longueurs et Wendy Carr « abandonnée » par le scénario sur la fin de cette deuxième saison…

📚 « Le cœur battant du monde », de Sébastien Spitzer, Éditions Albin Michel, 2019 🇫🇷
C’est le deuxième roman que publie Sébastien Spitzer. J’avais tellement aimé son premier, « Ces rêves qu’on piétine » (Éditions de l’Observatoire, 2017) que l’attente était particulièrement forte sur celui-ci. Et je n’ai pas été déçue !

À nouveau, l’auteur nous plonge dans une petite histoire qui rejoint la grande, un roman situé dans le Londres de la fin du XIXe. Un enfant est confié à une femme qui vient de perdre celui qu’elle attendait. Charlotte va ainsi prendre soin de Freddy comme si c’était son fils, sans jamais révéler le secret de sa naissance. Car Freddy est le « bâtard » de Karl Marx. Ce roman est leur histoire, sur fond de misère et d’oppression, avec l’argent au cœur d’un système broyant toujours davantage les plus faibles. Comme dans son précédent roman, l’auteur dresse le portrait de personnages très attachants, en particulier les femmes, tout en livrant un récit très fouillé, recherché, avec lequel on apprend une multitude de choses. Un livre sur la filiation, thème cher à Sébastien Spitzer. Qui eut cru que Karl Marx vivait sans le sou, entretenu, et qu’il avait un fils caché né de son union avec la servante qui habitait sous le même toit que lui et sa femme ? Un livre passionnant, retenu parmi les 15 titres nominés pour le Goncourt. Sébastien Spitzer s’est arrêté à Genève une journée avant de participer au Livre sur les Quais à Morges. Il nous a ainsi parlé de son livre, de son parcours d’écrivain, avec passion et générosité : du bonheur ! ❤️

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