Quelques brèves de Julie

 

S37 – 9 au 15 septembre 2019

 

Un peu de culture dans ce monde de brutes.

🎥🎞 « Insoumises » de Fernando Perez et Laura Cazador, avec Sylvie Testud, Yeni Soria, Antonio Buil, Hector Noas et Mario Guerra🇨🇭🇨🇺
👩🏻‍🔬Saviez-vous que la première femme médecin à Cuba était suisse ? Elle se prénommait Henriette Favez. La réalisatrice genevoise Laura Cazador l’ignorait jusqu’à un séjour sur l’île, inspirant ! Car aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est sous l’apparence d’un homme originaire de Lausanne qu’Henriette débarque un beau jour de 1819 dans la ville de Baracoa. Étonnant ? Pas tant que cela, seuls les hommes étant alors autorisés à pratiquer la médecine. Le jeune médecin suisse, – Enrique Faber – est très vite accepté par ses concitoyens même s’il dénote. Ainsi, ignorant les préjugés et les mentalités les plus répandus, il consulte en son cabinet qui veut sans distinction aucune : fortunés, pauvres, noirs, blancs, femmes, hommes… Toute personne ayant besoin de ses services y recourt sans difficulté. Des convictions affirmées en faveur des femmes et contre l’esclavage, tolérées par la bonne société de Baracoa, tout du moins un temps. Les choses auraient ainsi pu durer mais le cœur d’Enrique s’en est mêlé. Et c’est une femme qui le fait vaciller. La volcanique Juana de Leon, jeune campagnarde pourtant convoitée et violée par l’un des marchands d’esclaves de la ville bien en vue, Benitez, tombe elle aussi amoureuse d’Enrique et l’épouse, n’ignorant absolument pas sa véritable nature… C’est alors que les foudres de l’homme éconduit se déchainent. Découvrant à son tour qu’Enrique est une femme, il révèle ce secret à tous, déjà très perturbés par la modernité du médecin. Jeté en prison, Enrique fera l’objet du procès le plus scandaleux de toute l’histoire coloniale cubaine.
Inspiré d’une histoire vraie, ce film est une réussite qui tient en grande partie à la performance de Sylvie Testud, androgyne à souhait, dans le rôle d’Enrique Faber, et à celle de Yeni Soria, actrice cubaine incarnant Juana, deux insoumises au caractère bien trempé. Elles forment un couple magnifique, en proie à une société encore largement rétrograde. L’actrice française force l’admiration par sa justesse et la maîtrise de la langue espagnole vite acquise pour le rôle. L’image soignée de ce film haut en couleurs retranscrit à merveille l’atmosphère cubaine de cette fin de XIXe siècle et emporte les spectateurs dans un bien joli voyage.

📀 « Nos vies après eux » de Cindy Chupack, avec Patricia Arquette, Angela Bassett, Felicity Huffman, 2008 🇺🇸
La comédie américaine typique. Trois femmes, qui se sont rencontrées et devenues amies grâce à leurs fils devenus autonomes, se retrouvent comme chaque année le jour de la fête des mères et réalisent alors à quel point leurs garçons sont ingrats, les délaissant totalement. Elles décident donc d’aller leur rendre visite à New York, quitte à s’installer auprès d’eux pour les aider à remettre un peu d’ordre dans leurs vies, ce qu’ils n’ont évidemment pas demandé. De bonnes actrices mais un scénario un peu trop cousu de fil blanc. Ca reste divertissant.

📺 « The Spy » par Gideon Raff et Max Perry, avec Sacha Baron Cohen, série française écrite et réalisée en anglais ! Netflix, 6X55’ 🇫🇷
Voici une excellente mini-série qui relate la vie d’Eli Cohen, célèbre espion israélien et tirée du livre « L’Espion qui venait d’Israël » écrit par Uri Dan et Yeshayahu Ben Porat. J’ai adoré cette série, pourtant tragique. Eli Cohen est un patriote israëlien, ayant à cœur la défense de son pays, au point de postuler au Mossad en 1961. Il finit par y être recruté en tant qu’espion, l’un des meilleurs, et est infiltré en Syrie. Au fil du temps, il parvient à approcher au plus près du pouvoir et est même nommé vice-ministre de la défense ! Les informations qu’il parvient ainsi à transmettre en Israël sont capitales et auraient été décisives durant la guerre des six jours. Mais un tel dévouement n’est pas sans sacrifices ni sans risques. Sacha Baron Cohen incarne cet espion de haut vol à la perfection avec pas mal de classe, pris entre sa loyauté envers Israël et l’amour pour sa femme, qui ne peut y résister. « Si vous deviez mentir à votre femme, est-ce que vous le feriez ? » demande-t-on à Eli lors de son premier entretien de recrutement ? « Sans hésiter » répond-il d’une voix assurée, quelques longues secondes plus tard… Epuisé par tant de tensions, Eli aura bien tenté d’arrêter mais il était beaucoup trop performant pour que le Mossad consente à renoncer à ses services. Certaines scènes sont époustouflantes, la tension palpable, le suspens souvent intense et les performances aussi ! Coup de ❤️ !

À noter l’apparition dans la série d’ Hyam Zaytoun , comédienne et auteur d’un premier roman que j’ai beaucoup aimé, « Vigile » (2018, Editions le Tripode).

📚 « Une joie féroce », de Sorj Chalandon, 2019, Editions Grasset et Fasquelle 🇫🇷
La foudre ne tomberait jamais deux fois au même endroit ? Vraiment ? 
Un adage qui vole en éclat dans le dernier roman de Sorj Chalandon. Jeanne est une femme discrète, une gentille libraire, un épouse aimante, s’excusant pour tout, sans doute de vivre. Elle est avant tout une mère en deuil, son fils unique s’étant éteint quelques années plus tôt, alors âgé de 7 ans. Une triste vie qui se brise un peu plus le jour où le cancer frappe à sa porte et où elle réalise qu’elle est désespérément seule pour affronter cette nouvelle épreuve, son mari étant un goujat comme on en fait peu. 
Alors, quand elle rencontre lors de son traitement Brigitte et que celle-ci lui tend la main, elle la prend. Se noue ainsi une relation forte qui n’est pas sans évoquer le si joli roman de Gavin’s Clemente Ruiz, « Le club des feignasses » ( Editions Mazarine ) où une douce amitié naissait également entre des personnes malades elles aussi, sur fond de chimio et de thalasso à Saint-Malo ! Brigitte prend Jeanne sous son aile jusqu’à l’accueillir chez elle où elle vit avec son amie, Assia, ainsi qu’une autre jeune femme, malade également, Melody. Si ces femmes partagent la maladie, elles sont toutes liées par quelque chose d’extrêmement fort aussi, la perte d’un enfant. Chacune fait face tant bien que mal et le soutien des autres apparaît particulièrement précieux. Alors, quand l’une d’entre elle pourrait récupérer sa fille, « la plus jolie petite fille du monde » à condition de réussir un casse incroyable pour être en mesure de payer une rançon, les autres filles n’hésitent pas à s’engager à ses côtés dans cette folle aventure, y compris Jeanne.
Lorsque c’est un homme qui évoque le cancer du point de vue d’une femme et que cet auteur est Sorj Chalandon, cela donne un roman puissant et sensible, où l’émotion filtre en permanence. Jeanne est devant nous, on suit sa métamorphose ou, plus justement, sa révélation, le cancer s’apparentant ici à un précipité, finalement positif. Il est bien sûr question dans ce livre de maladie, de deuil, et ce n’est pas très joyeux, mais également de sororité. Et ce sont de ces relations nouées par Jeanne avec ses trois consœurs que naît l’espoir d’une vie meilleure, conférant à ce roman un caractère résolument optimiste.

 

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