Quelques brèves de Julie

 

 

S1 – 3 au 9 janvier 2022

 

 

 

Un peu de culture dans ce monde de brutes.

🎞🎥 « Jane par Charlotte » de Charlotte Gainsbourg avec Jane Birkin, Charlotte Gainsbourg, Jo Attal, 2021 🇫🇷

« Plus je te regarde et plus je t’aime ». Quelques mots de Charlotte à Jane à la fin du film qu’elle lui consacre, susurrés à son oreille dans un enregistrement, un instant avant une étreinte qui a donné lieu à l’affiche du film « Jane par Charlotte » ❤️
Après « Rest », premier album dont elle avait écrit les paroles, Charlotte Gainsbourg livre ici son premier long-métrage, très personnel lui aussi. L’idée était au départ de réaliser un portrait de sa mère à travers son regard, en dehors de tout ce qu’on a déjà pu voir et entendre. Le tournage a commencé au Japon mais s’est vite arrêté : Charlotte avoue avoir été maladroite, effrayant sa mère dans sa manière d’aborder les choses. Deux ans plus tard, Jane venait donner un concert à New York où Charlotte vivait et, après avoir vu un documentaire sur Joan Didion réalisé par son neveu, elles ont ressorti les rushs réalisés au Japon et ont décidé de reprendre le tournage. Au final, bien plus qu’un documentaire, c’est une déclaration d’amour que Charlotte partage, un « je t’aime » qui semblait si difficile à exprimer, si bien symbolisé dans l’une des scènes du film où toutes les deux se le disent en s’éloignant, l’un des moments qui m’a le plus touchée.
C’est un film intime où le spectateur est invité à entrer dans les coulisses d’une relation entre une mère et sa fille. Sans que cela ne soit gênant ou impudique, bien au contraire. Les échanges sont sincères, cash, mais toujours bienveillants et empreints d’une tendresse infinie partagée. Un portrait esquissé grâce à des instantanés, des dialogues entre une mère et une fille évoquant le rapport au temps, au deuil, à la mort, à la fratrie… des propos qui parlent à chacun. On y découvre Jane Birkin au naturel, dans son environnement, sans fards, cuisinant pour sa famille, plantant des graines avec sa petite fille, évoquant avec émotion les personnes qui ont compté pour elle.
J’ai ri, plusieurs fois (les passages où Jane et Charlotte en fines stratèges, imaginent comment faire accepter un chien dans la famille…), frissonné, notamment quand Charlotte ouvre la Rue de Verneuil à sa mère qui n’y est pas retournée depuis 30 ans, versé quelques larmes également. La forme n’est pas parfaite, c’est parfois décousu, il y a des moments de gêne, de grâce et de grande complicité aussi et c’est ce qui rend ce film si réussi et si touchant.
Au final, ce documentaire sur Jane nous en apprend bien plus sur… Charlotte. Je me souviens du film « Ma femme est une actrice » de et avec Yvan Attal et Charlotte Gainsbourg. Je l’avais tellement aimé que j’avais visionné la version audio en bonus sur le DVD, où Yvan Attal expliquait avoir glissé quelques plans avec leur fils Ben pour fixer les choses, se faire un souvenir. « Jane par Charlotte » donne ce sentiment aussi : des instantanés pour se souvenir, tout en douceur. « Faire confiance à la vie » comme dit Jane.
En salle le 12 janvier ! Courez-y ! Ce film a été projeté à Lausanne dans le cadre des rencontres du 7e art Lausanne, présidées par Vincent Perez, et qui auront lieu du 12 au 20 mars prochain. 

📺 « This is us » de Dan Fogelman, avec Mandy Moore, Milo Ventimiglia, Sterling K Brown,Justin Hartley, Chrissy Metz, 88X42’ , Amazon video 🇺🇸

Série culte, commencée il y a longtemps mais dans laquelle je n’étais pas entrée. J’ai retenté et… quel bonheur ! J’adore et vois arriver la fin de la saison 5 avec tristesse ! Cette série raconte l’histoire de la famille Pearson, de la rencontre entre Rebecca et Jack, à la naissance de leurs enfants, de leur enfance, jusqu’à leur vie d’adulte, des petits et des grands bonheurs, des drames, des passions, des choses simples… Des histoires de vies. Tout commence avec les trois enfants devenus grands : Kevin est un acteur un peu perdu ; sa jumelle, Kate, connaît de sérieux problèmes de poids ; et Rendall, leur frère, a été adopté par les parents des jumeaux à l’hôpital où il venait d’être déposé après avoir été abandonné par son père biologique. La série alterne entre présent et passé, et même futur à quelques reprises. C’est extrêmement bien fait et on ne peut que s’attacher et s’identifier à tous ces personnages qui nous renvoient, épisode après épisode, à des moments de nos propres vies. Scènes présentes et flashbacks se répondent. On s’attache aux personnages à tous leurs âges, enfants, ados, adultes. À noter la jolie performance de Mandy Moore qui est la seule à incarner le même personnage âgé à la fois d’une vingtaine d’années et de près de 70 ans. La saison 6, la dernière, est tournée et commence à être diffusée sur Canal+ !

📚 « Une femme en contre-jour  » de Gaëlle Josse, Les Editions Noir Sur Blanc, Mars 2019 🇫🇷

INVISIBLE. La désormais mondialement célèbre Vivian Maier l’a été tout au long de sa vie durant laquelle elle n’a eu de cesse de photographier ceux qui l’entouraient. Une œuvre incroyable qu’elle n’a pourtant jamais révélée au public. C’est à la faveur d’un heureux hasard que celle-ci sera découverte, après sa mort. Gaëlle Josse esquisse dans « Une femme en contre-jour » son portrait de manière admirable : « une femme libre, une perdante magnifique, qui a choisi de vivre les yeux grands ouverts ».
Une soirée d’hiver, un thé et un film sur lequel je tombe un peu par hasard : « Finding Vivian Maier »… Je savais que cette artiste majeure avait fait l’objet d’un livre récemment. Rien d’évident à raconter l’histoire d’une Invisible… Pourtant, Gaëlle Josse y est parvenue d’une manière incroyable !
Imaginez une femme qui passa sa vie un appareil photos Rolleiflex à la main. Des milliers de clichés imprimés sur pellicule, jamais développés ni dévoilés par elle. Une américaine, d’origine française née en 1926 qui, une grande partie de sa vie, fut gouvernante – nounou à domicile –, prétexte idéal pour aller se promener et faire des photos de rue. Elle décéda seule en 2009, dans un dénuement presque total, au point que toutes ses archives furent vendues ; elle n’était plus en mesure de louer d’emplacement pour les entreposer. Pas d’enfant, pas de famille, une existence passée, oubliée. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais le hasard s’en mêla.
À la recherche de vieilles photos pour illustrer un livre qu’il écrivait sur un quartier de Chicago, un jeune agent immobilier de 25 ans, John Maloof, acquiert aux enchères en 2007, pour 400 $, une série de négatifs, planches-contacts, photos… Sensible à la qualité de certains clichés, sans rien y connaître pour autant, il sonde les amateurs sur un réseau dédié et réalise peu à peu l’extraordinaire découverte qu’il a faite : « tant de visages, d’instants de vie, d’inconnus qui semblent proches. Une bouleversante humanité y circule, et aussi une absolue maîtrise de la prise de vue ». Ces clichés étaient ceux de Vivian Maier. Apprenant que Vivian Maier est décédée, il entreprend alors un travail titanesque pour révéler ce travail unique et si exceptionnel d’une artiste dont chacun a entendu parler aujourd’hui. Aucun grand musée ne l’a suivi au départ, l’artiste n’ayant pas elle-même développé ses photos… Chronique complète ici.
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