Quelques brèves de Julie

 

 

S9 – 2 au 8 mars 2020

 

 

 

Un peu de culture dans ce monde de brutes.

🎞🎥 « Judy » de Rupert Good avec Renée Zellweger, Jessie Buckley, Finn Wittrock 🇺🇸
On est décidément bien loin de Bridget Jones avec ce nouveau rôle qu’endosse à merveille Renée Zellweger et qui lui a d’ailleurs valu l’oscar de la meilleure actrice, bien mérité ! Le rôle n’est plus celui d’une jeune fille légère et insouciante aux joues rebondies mais celui d’une star sur le déclin, façonnée dès son plus jeune âge par les studios hollywoodiens, et qu’on découvre sans le sou, sans domicile fixe, obligée de conduire ses deux jeunes enfants chez leur père pour qu’ils aient un toit, le visage émacié, quasi méconnaissable après la chirurgie esthétique subie par Renée Zellweger. Bien décidée à remonter la pente, Judy quitte les Etats-Unis pour Londres, s’y produit et tente de réunir suffisamment d’argent pour s’acheter une maison et y accueillir ses enfants. Mais le challenge n’est pas évident pour celle qui a connu la gloire et qui ne fonctionne plus que sous cachets avalés à renfort de verres d’alcool, les uns pour dormir, les autres pour tenir éveillée… Le film se concentre donc sur une période brève, celle d’un déclin inéluctable. Un portrait émouvant d’une femme qui n’est Judy qu’une heure par jour et qui tente de tenir le reste du temps. Mère de Liza Minelli, Judy Garland s’éteint six mois après cette série de concerts à Londres. Coup de ❤️ pour ce biopic si justement incarnée par une Renée Zellweger habitée.

🎞🎥 « O fim do mundo » de Basil Da Cunha, avec Michael Spencer, Marco Joël Fernandes, Alexandre Da Costa Fonseca, 2019 🇨🇭
Spira, 18 ans, vient de passer 8 années dans une maison de correction. Il revient chez lui à Reboleira, un bidonville de Lisbonne en cours en destruction. Si ses amis et sa famille l’attendaient, ce n’est pas le cas de Kikas, l’un de ses voisins. Avec ce deuxième long métrage, Basil Da Cunha, jeune réalisateur suisse, a souhaité raconter l’histoire d’une génération, celle qui a grandi dans ce quartier. Il dresse, avec ce film, le portrait émouvant d’un quartier défavorisé de Lisbonne et de ses habitants. Caméra à l’épaule et doué pour capter les regards des habitants, il les magnifie et leur donne une voix. Tous les acteurs du film ont été choisis non pour leur professionnalisme mais pour leur authenticité, révélée et sublimée par la manière de filmer du réalisateur, laissant une place à l’improvisation. Cette fin de monde aux allures de conte social poétique évoque des vies âpres et des rêves d’ailleurs… Touchant !

📺 « Baron noir » S2 et 3, de Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon, avec Kad Merad, Anna Mougladis, 16X52’, Canal play 🇫🇷
Dans la droite ligne de la saison 1, c’est toujours aussi bien écrit, aussi réaliste et aussi… écœurant ! Les tactiques, retournements, alliances, ont fini par me lasser un peu, même si j’ai apprécié ces deux saisons. François Morel explose totalement dans cette saison 3, plus vrai que nature. Et le Baron noir, incarné par Kad Merad, vraiment très bon. Surprenant !

📚 « Point cardinal », de Léonor de Récondo , Sabine Wespieser éditeur, 2017 🇫🇷
Le point cardinal, c’est celui de la croisée des chemins, le point atteint où tout peut basculer. Et c’est précisément là où se trouve Laurent. En apparence posé, menant une vie tranquille et ordinaire entre son épouse dont il partage la vie depuis 20 ans, ses deux adolescents, son travail… il a atteint un moment crucial de sa vie, celui où taire ce qu’il ressent au plus profond de lui est devenu tout simplement impossible. Laurent est une femme.
Comment assumer cette identité ? Sujet des plus délicats que celui de la transsexualité, et traité ici par Leonor de Recondo avec une infinie subtilité. S’il est parvenu à donner le change à son entourage durant tant d’années, Laurent étouffe désormais. Débute alors une métamorphose irrépressible et sans retour, d’abord en en se travestissant, de manière clandestine. Et très vite, il lui devient évident et absolument nécessaire de révéler à son entourage qui il est vraiment. L’auteur explore avec beaucoup de sobriété les interrogations de Laurent au fur et à mesure de son cheminement, mais également les ressentis de chacune des personnes qui l’entoure, sans jamais les juger. Car la révélation de Laurent est vécue par toutes comme un cataclysme, parfois même comme une trahison. Comment ont-elles fait pour ne pas voir ? Chacun réagit avec son propre vécu. Passé le choc de la révélation, tous avancent, animés le plus souvent par une profonde tolérance. Solange d’abord, sa femme qui voit son monde patiemment construit s’écrouler d’un coup et qui demeure, malgré tout, profondément émue par la sincérité de Laurent. Il y a aussi Claire, la fille de 13 ans, profondément empathique envers chacun de ses deux parents et que la nouvelle aura fait plonger dans l’âge adulte rapidement. Et puis il y a Thomas, le fils de 16 ans, qui rejette totalement son père, bouleversé par cette nouvelle donne au moment où lui-même se construit.
Bien plus que de sexualité ou de genre, ce roman parle d’identité. « Comment réunir ma peau d’homme avec la femme que je suis à l’intérieur » s’interroge Laurent ? Et d’affirmer à ses enfants largement décontenancés : « Il y a une chose dont je n’ai jamais douté. Si je ne me suis jamais senti homme, je me suis toujours senti père ».
De son écriture fluide, Leonor de Recondo accompagne ses personnages, jouant sur les mots, “seul“/”seule“, traduisant à merveille le profond changement que tous connaissent tout en inculquant une force intérieure incroyable à Laurent qui malgré les difficultés rencontrées, avance, pas à pas, jusqu’à devenir elle-même, Lauren.

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