Quelques brèves de Julie

 

 

S7 et 8 – 17 février au 1er mars 2020

 

 

 

Un peu de culture dans ce monde de brutes.

📀 « La vie scolaire » de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, avec Zita Hanrot, Liam Pierron, Soufiane Guerrab, 2019 🇫🇷
Deuxième film du tandem Grand Corps Malade et son complice de toujours Mehdi Idir dont j’avais adoré le premier film (voir ci-dessous). Ils nous proposent cette fois-ci une plongée au cœur d’une école de banlieue pendant une année. 

✏️📐🖇 Samia, jeune CPE, débarque dans ce collège réputé difficile et y découvre les problèmes récurrents de discipline, la réalité sociale pesant sur le quartier, mais aussi l’incroyable vitalité et l’humour, tant des élèves que de son équipe de surveillants. Parmi eux, il y a Moussa, le Grand du quartier et Dylan le chambreur. Samia s’adapte et prend bientôt plaisir à canaliser la fougue des plus perturbateurs. Sa situation personnelle compliquée la rapproche naturellement de Yanis, ado vif et intelligent, dont elle a flairé le potentiel. Même si Yanis semble renoncer à toute ambition en se cachant derrière son insolence, Samia va investir toute son énergie à le détourner d’un échec scolaire annoncé et tenter de l’amener à se projeter dans un avenir meilleur…
Film réaliste, avec quelques clichés mais une bonne dose de sincérité. Un bon moment même si j’ai nettement préféré « Patients ».

À voir ou à revoir : 

📀 « Patients » de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, avec Pablo Pauly, Soufiane Guerrab, Moussa Mansaly, 2016 🇫🇷
« 245 », c’est le nombre d’alvéoles contenues par le plafonnier d’une salle de réanimation. Ce sont aussi les premiers mots que prononce Ben à son réveil. Surprenant ? Absolument pas de son point de vue, lui qui est totalement immobilisé sur un lit. Ces alvéoles constituent sa seule perspective durant son séjour dans ce service où il se retrouve tétraplégique incomplet à la suite d’un bête accident pourtant courant : une plongée dans une piscine insuffisamment profonde qui occasionne un déplacement des vertèbres et le logement de l’une d’entre elles dans la moelle épinière.
🎤🖋On connaissait le slameur, le poète, l’homme de scène… Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade, est passé avec ce film pour la première fois derrière la caméra avec Mehdi Idir, le réalisateur de tous ses clips. Il y raconte l’année de rééducation passée dans le centre de Coubert à la suite de l’accident qui l’a rendu brutalement tétraplégique en 1997. Il aura donc fallu à Grand Corps Malade pas moins de vingt ans et une grande dose d’autodérision pour raconter cette histoire, la sienne. Au final, un témoignage fort, poignant, souvent très drôle. Pour autant, si le livre qu’il a publié en 2012 – et dont le film est tiré – était rédigé à la première personne, le propos du long métrage est légèrement différent et ne consiste en aucun cas en un biopic racontant l’histoire de Grand Corps Malade avant qu’il ne s’investisse dans la musique. Il s’agit avant tout de parler du handicap, loin des idées reçues, et de faire ressentir l’ambiance dans un centre de rééducation où des personnes paralysées réapprennent à vivre, au quotidien, en tentant de retrouver peu à peu une certaine autonomie et en « niquant les heures », pour supporter le temps qui passe, bien plus long quand chaque action prend un temps infini.
L’enjeu du film est donc bien pédagogique et pour être percutant, le seul moyen était d’être crédible. Objectif atteint grâce d’abord à une brochette d’acteurs formidables. Autre point fort du film, l’humour. Le sujet est grave et pourtant, aucun pathos. On ne peut s’empêcher de sourire, à l’instar des protagonistes de l’histoire qui ne manquent pas une occasion de blaguer, se moquer gentiment des uns des autres, mais toujours sans méchanceté. Une autodérision qui permet de mieux supporter le quotidien et qui rend le message délivré par Grand Corps Malade bien plus percutant. Un humour trash ravageur, à l’image de la blague récurrente tout au long du film que font ses acolytes à Ben à table : « Passe moi le sel ! ». Ce à quoi Ben, dans l’impossibilité de saisir et a fortiori passer quoi que ce soit au départ, lance un « bande de tétras » !
Mais ne nous y trompons pas, la peur est aussi présente et même palpable à chaque instant. Toute nouvelle acquisition d’autonomie se révèle vertigineuse : le transfert du lit au fauteuil, la mise en position verticale, le premier pas tenté, la disparition d’un ami, la peur de décevoir son entourage…
Grâce à ce savant mélange, Grand Corps Malade et Mehdi Idir signent un film fort, extrêmement émouvant et qui montre le handicap sous un jour nouveau, jusqu’alors jamais aussi réaliste. Ainsi, ne pas marcher, handicap le plus visible, est loin d’être le pire quand on est privé de son autonomie… « La vie distribue ses drames sans regarder qui les mérite le plu  » écrit Grand Corps Malade dans son livre « Patients ». Juste remarque mais finalement, il est parvenu à faire de ce terrible accident un atout, une force. Il émane de ce film, tout comme de lui, énormément de bienveillance et de générosité. Fabien Marsaud qui se destinait à une carrière de grand sportif se révèle un artiste complet, surprenant, une belle personne. Gros coup de  ❤️ 

📺 « The Marvelous Mrs Maisel » saison 3, de Amy Sherman-Palladino, avec Rachel Brosnahan, Michael Zegen, Alex Borstein, 8X60’ environ, Amazon Prime Video 🇺🇸
J’avais beaucoup aimé les deux premières saisons de cette série se déroulant dans les années 60’ où l’héroïne, la pétillante Miriam Maisel, issue de la bourgeoisie juive new-yorkaise, saisissait l’opportunité de son nouveau célibat après que son mari l’ait quittée pour s’émanciper, monter par hasard sur scène et se découvrir un vrai talent. Succès totalement inattendu au rendez-vous pour cette nouvelle étoile montante du stand up à la simple évocation de ses infortunes, succès et revers. On l’avait quittée, à regret, alors qu’elle allait entamer une tournée américaine en assurant la première partie d’un crooner célèbre. On la retrouve donc avec plaisir face à des militaires américains pour commencer, puis sur toutes sortes de scènes. La série se recentre sur sa relation avec sa manager Susie, assez croustillante. Mêmes ressorts comiques que dans les deux saisons précédentes donc série toujours très plaisante même si j’ai trouvé qu’elle s’essoufflait un petit peu…

📚 « BOOM », de Julien Dufresne-LamyACTES SUD junior, Avril 2018
💥BOOM💥 – une onomatopée qui claque, quatre lettres explosives qui volent en éclat comme la vie de Timothée un jour sur le pont de Westminster et comme l’amitié brève et intense qui le liait à Etienne, narrateur de ce livre de seulement 112 pages, que j’ai lu d’une traite, la gorge nouée et le cœur serré dès les tous premiers mots, et les larmes tout du long.
💥BOOM💥 – l’histoire d’un coup de foudre amical entre deux jeunes garçons qui savent, dès le premier regard échangé, qu’ils ont une « amitié à rattraper ». « Nous deux, c’était le divin, le cosmos, la décision des puissants ». Un lien viscéral qu’un sombre fondamentaliste aura détruit en seulement 82 secondes alors que les deux ados participaient à un voyage scolaire à Londres. « J’apprends ta disparition et ça grésille. Mon corps s’éteint et la planète entière devient une machine détraquée. Je deviens zinzin. Je perds le goût des éléments, le sens des couleurs, chaque émotion. Ma mémoire flanche. »
💥BOOM💥 – le monologue posthume qu’Etienne dédie à son ami, dressant de lui un doux portrait tout en nuances, alternant entre l’histoire de leur amitié et celle de l’attentat, la vie d’après, la culpabilité qui ronge, la solitude, la reconstruction. Le basculement brutal et douloureux, malgré lui, dans la vie adulte. Rares sont les ouvrages parvenant en si peu de pages à toucher autant, avec une intensité si singulière. Julien Dufresne-Lamy excelle pour trouver les mots justes et percutants, ceux qui saisissent immédiatement le lecteur et permettent de partager avec lui le parcours émotionnel d’Etienne. Une plume efficace dès le début qui m’a littéralement scotchée.
💥BOOM💥 – un roman jeunesse duquel se dégage une force rare et une émotion intense. Un livre à mettre entre toutes les mains, et pas seulement du jeune public auquel cette collection de chez Actes Sud Junior est destinée. Pour « rester vivant » ➡️ Chronique complète ici

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