Quelques brèves de Julie

 

 

S5 – 3 au 9 février 2020

 

 

 

Un peu de culture dans ce monde de brutes.

📀🐱 « Don’t F**k with Cats. Un tueur trop viral  » de Marc Lewis, 3X60’, 2019, Netflix 🇬🇧
La règle zéro d’Internet : on ne déconne pas avec les chats ! C’est le titre de ce nouveau documentaire diffusé par Netflix. Un reportage sur les chatons ? Détrompez-vous ! Il est ici question de l’un des plus terribles criminels de tous les temps : le dépeceur de Montréal, Luka Rocco Magnotta. Son histoire sordide avait fait le tour du monde, d’autant que le criminel était passé par la France dans sa fuite avant d’être finalement arrêté à Berlin. Ce dernier avait commencé par se faire connaître en diffusant des vidéos de chatons torturés puis tués en ligne. Des vidéos accessibles pendant plusieurs heures à tout le monde, avant leur censure. Dès la diffusion de la première vidéo, une communauté en ligne s’était fédérée pour démasque le coupable. Celui-ci avait alors infiltré la communauté, exalté par l’attention reçue, et avait continué à poster des vidéos encore plus dérangeantes, jusqu’à commettre un meurtre, filmé et diffusé lui aussi, celui de Lin Jun, un étudiant chinois de Concordia à Montréal. Le Canadien Magnotta, ancien escorte-boy et acteur amateur de pornographie, s’était notamment filmé en train de mutiler le cadavre de sa victime. Ce documentaire repose sur l’interview des deux internautes les plus obstinés de cette communauté qui a tracé Magnotta depuis ses débuts : Deanna Thomson et John Green. Deux parfaits inconnus au courant avant les médias, et même avant la police, du danger que représente Magnotta. Ils ont bien essayé d’alerter la police mais n’y sont pas parvenus. Un documentaire dérangeant qui, après l’affaire Grégory, décortique un nouveau fait divers, mais cette fois-ci par le prisme du rôle d’Internet, son côté dark et notre rapport à ce media. Dans quelle mesure les internautes ont-ils poussé, nourri et contribué à créer le monstre ? Et qu’en est-il du spectateur qui regarde le documentaire… ? Je l’ai trouvé extrêmement bien fait et captivant !

📚🔥 « La part des flammes », de Gaëlle Nohant, Editions Héloïse d’Ormesson, 2015 🇫🇷
Le financier Henri Blount eut l’idée, en 1895, de réunir en un seul lieu pendant un mois la plupart des œuvres de charité existantes et en faire ainsi, chaque année, l’un des rendez-vous incontournables du tout Paris. Ainsi naquit le Bazar de la Charité présidé par le Baron de Mackau : une vente caritative géante au profit des nécessiteux où les vendeuses étaient issues de la noblesse française. Cette belle idée vira malheureusement au drame le 4 mai 1897 lorsque le Bazar fut totalement réduit en cendres en quelques minutes par un énorme incendie, prenant au piège les personnes qui se trouvaient à l’intérieur. 123 femmes et 9 hommes périrent ainsi dans les flammes, et les victimes traumatisées, brulées, défigurées furent nombreuses. Un fait divers terrible, au ressort romanesque puissant !
Gaëlle Nohant retranscrit à merveille le Paris de l’époque, débutant son roman quelques jours avant l’ouverture de la vente. On assiste ainsi aux luttes d’influence entre ces dames de la Haute société rêvant de s’afficher derrière les comptoirs : alliances, coups bas, trahisons rythmant leur quotidien. C’est à deux femmes que Sophie d’Alançon, sœur de Sissi et en charge de l’un des comptoirs, accorda sa confiance pour assurer la vente à ses côtés : Violaine de Raezal, une comtesse éplorée par le décès de son mari bienaimé, et Constance d’Estingel, jeune fille venant de rompre brutalement ses fiançailles avec le ténébreux Lazlo de Nérac. Trois femmes aux forts caractères que l’incendie va lier à tout jamais. Chronique complète ici.

C’est le même Paris et la même société que l’on retrouve dans une série récente, et pour cause…

📺 « Le Bazar de la Charité » créé par Catherine Ramberg et réalisé par Alexandre Laurent, avec Audrey Fleurot, Camille Lou, Julie de Bona, Josianne Balasko, Gilbert Melki, 8X52’, TF1 et Netflix, 2019 🇫🇷

Je ne reviens pas ici sur le fait divers à l’origine de la série, c’est précisément celui qui a donné lieu au roman de Gaëlle Nohant, « La part des flammes » : l’incendie du Bazar de la Charité qui, en 1897, ôta la vie à plus de 130 personnes. La série débute lorsque la vente commence et le premier épisode s’achève sur les braises de l’incendie. Si celui-ci est parfaitement rendu à l’écran, l’intérêt de la série réside davantage à mon sens dans le destin des personnages scellés par le drame. Point de Sophie d’Alançon ici mais Alice Jeansin, fille du Président d’honneur du Bazar, sa bonne Rose, son amie Odette et son fiancé Julien. Sans oublier la tante d’Alice, Adrienne de Lenverpré, campée par l’éblouissante Audrey Fleurot, épouse du candidat à la Présidence du Sénat. Nombre d’intrigues politiques et amoureuses constituent la trame de cette agréable série où, comme dans le livre de Gaëlle Nohant, les femmes s’affirment et s’émancipent à la faveur de cet atroce événement ayant précipité leurs destins.

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