Quelques brèves de Julie

 

 

5 au 25 octobre 2020

 

 

 

Un peu de culture dans ce monde de brutes.

🎥 «Yalda, la nuit du pardon » de Massoud Barkhshi, avec Sadaf Asgari, Behnaz Jafari, Babak Karimi, 2019 🇮🇷🇫🇷🇩🇪🇨🇭

Iran. Quand la vie d’une femme est suspendue à un pardon qui pourrait être prononcé à la télévision 📺 Un film saisissant, vu juste avant la fermeture des cinémas ! Selon la loi du talion sur laquelle repose en partie le système judiciaire iranien, « œil pour œil, dent pour dent ». C’est ainsi que dans ce pays où la peine de mort n’a pas été abolie, une femme jugée coupable d’avoir accidentellement causé la mort de son mari peut être condamnée à exécution. C’est le cas de Maryam qui avait épousé un homme bien plus âgé qu’elle. Une seule échappatoire pour lui sauver la vie : le pardon de la fille de la victime, Mona, prononcé devant des millions de téléspectateurs, lors d’une émission de téléréalité. Massoud Bakhshi, le réalisateur, s’est inspiré d’une émission réelle pour cette fiction qu’il situe lors de la nuit la plus longue du calendrier persan, « Yalda ». Une nuit emplie de dangers mettant en scène un duel entre deux femmes que tout oppose. Maryam, tendue à l’extrême, dispose du temps de l’émission pour convaincre Mona de la pardonner d’avoir causé la mort de son père. Mais comment y parvenir alors qu’elle a tout perdu, un père, un mari, un fils, et qu’elle est soupçonnée d’avoir épousé cet homme pour son argent ? S’humilier à l’extrême est-il le prix à payer face à une femme, drapée dans sa dignité, visiblement éplorée ? Un pardon qui pourrait tout de même être facilité au regard du prix du sang qui serait alors accordé à Mona, prix astronomique payé en partie ou totalement par les sponsors de l’émission selon le nombre de votes par SMS du public… Cette coproduction suisse saisissante, récompensée par le 10e Grand Prix Cinéma Elle, interroge et fait de tous les spectateurs de l’émission et du film, les juges d’enjeux terribles qui se nouent sur un plateau télévision et dans les coulisses 😱
📺 « Le jeu de la dame », de Scott Frank et Allan Scott, avec Anya Taylor-Joy, Marielle Stiles Heller, 7 X 50’, 2020, Netflix 🇺🇸
Gros coup de ❤️ pour cette mini-série « The Queen’s Gambit » – nom tiré d’une stratégie d’ouverture aux échecs – qui retrace le parcours de Beth Harmon. Début des années 50’, dans le Kentucky, élevée par une mère célibataire et dépressive et devenue orpheline à l’âge de 9 ans à la suite d’un accident de voiture, elle est placée dans un orphelinat assez sordide où les pensionnaires sont drogués au quotidien pour les calmer… Pourtant, une passion va naître grâce au gardien de l’établissement, un monsieur passant son temps à jouer aux échecs dans le sous-sol. Il initie Beth à ce jeu : une révélation !
Nul besoin de savoir y jouer pour apprécier cette série, l’enjeu n’est pas là même si ce sport cérébral est bien au cœur de ces épisodes, que les parties qui en constituent la trame ont souvent existé. Les acteurs ont été coachés jusqu’à la manière de tenir et déplacer les pièces du jeu, faisant dire au champion russe, Garry Kasparov, consulté pour la série : « On est aussi proche que possible de l’atmosphère authentique des tournois d’échecs » (New York Times).
Adaptée du roman « The Queen’s Gambit » de Walter Tevis, la série met en scène la naissance d’une prodige et l’éclosion d’une jeune femme. Tout est réussi ici, à commencer par le choix de l’actrice, Anya Taylor-Joy, dont on assiste à la métamorphose. Renfermée, peu à son avantage et addict à l’alcool et aux tranquillisants, elle va pourtant parvenir à dompter ses démons, qui lui donnent bien plus de fil à retordre que ses adversaires… Un regard captivant et un jeu d’actrice incroyable lui permettent de donner corps à une héroïne des temps modernes, une femme dans un milieu d’hommes, peu épargnée par la vie et qui, pourtant, met tout en œuvre pour devenir la meilleure joueuse d’échec au monde. Les autres acteurs ne sont pas en reste et on reconnait avec plaisir dans le personnage d’Harry Melling, le Dudley d’Harry Potter, vingt ans après, ou encore Thomas Brodie-Sangster, petit garçon dans Love Actually… Au soutien de cette histoire, la série bénéficie de décors léchés, soutenus par une photographie magnifique, qui plongent le spectateur dans l’ambiance de cette Amérique des années 60, un peu à la manière de « Mad men ». Les effets spéciaux entourant les visions des parties d’échec de Beth sont eux aussi particulièrement réussis. Enfin, le contexte historique est parfaitement évoqué, celui de la guerre froide entre Etats Unis et URSS dont le jeu d’échec devient le symbole. Foncez !
 

📚 « Au cœur de la vague », de Patrick Chappatte, Les Arènes BD, Novembre 2020 🇨🇭

Dessinateur engagé, Patrick Chappatte collabore à la presse internationale depuis vingt-cinq ans (Le Temps, Le Canard enchaîné, le New York Times, Der Spiegel, Le Courrier international…). Il publie aujourd’hui un reportage dessiné, tenant la chronique de l’épidémie de COVID-19 durant le printemps dernier et rend ainsi un vibrant hommage au personnel médical, « au cœur de la vague ». Un livre qui m’a enthousiasmée et que je recommande vivement, à l’heure où nous surfons sur cette deuxième vague, probablement plus dévastatrice que la première. L’auteur nous offre avec ce reportage dessiné une plongée au cœur de l’épidémie par son propre prisme puisqu’il se met en scène, et par celui d’acteurs clés comme le Professeur Pittet, célèbre médecin infectiologue et épidémiologiste suisse, Jérôme Pugin, chef du service de l’hôpital de Genève, ou encore une infirmière des urgences, un policier, une femme médecin de MSF, des personnes en charge du nettoyage à l’hôpital…🌊 Chronique complète ici.

 

Siddharta
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