Quelques brèves de Julie

 

 

S37 à 39 – 17 septembre 2020 au 4 octobre 2020

 

 

 

Un peu de culture dans ce monde de brutes.

🎥 « Enola Holmes » de Harry Bradbeer, avec Millie Bobby Brown, Henri Cavill, Sam Clafin, Helena Bonham Carter, 2020, Netflix 🇺🇸🇬🇧

🕵️‍♀️ Ce film d’aventure est l’adaptation de la série littéraire « Les Enquêtes d’Enola Holmes » de Nancy Springer et, plus précisément de son premier roman « La double disparition ». Enola est la petite sœur du célèbre détective Sherlock Holmes, lui-même créé par l’écrivain Arthur Conan Doyle. Il aurait dû sortir sur les écrans mais, COVID oblige, il a été diffusé sur Netflix. Des suites seraient dans les tuyaux… alors même qu’une action est en cours contre la romancière, son éditeur et les producteurs de l’adaptation : dans les romans, Sherlock est présenté comme chaleureux, capable d’éprouver des émotions. Or, ces traits de caractères auraient été introduits par Conan Doyle après 1923 et ne seraient donc pas encore tombés dans le domaine public, contrairement à ceux publiés avant pouvant être utilisés librement… Voici pour le contexte.
Quant au film lui-même, un très bon moment de « cinéma » ! Enola est bien plus jeune que ses frères et élevée seule par une mère assez fantasque qui l’a éduquée de manière peu orthodoxe, entendez notamment une conscience féministe très prononcée pour l’époque ! Mais un beau jour, celui des 16 ans d’Enola, sa mère s’évapore. Enola contacte alors ses frères pour qu’ils viennent à son aide. Décontenancés par l’attitude indépendante de leur sœur, ils décident de l’envoyer en pension afin de lui apprendre les bonnes manières. Enola s’enfuit alors à Londres, sur les traces de sa mère, un voyage plein de surprises ! Des décors réussis, un rythme enlevé, des apartés d’Enola délicieux avec un léger air de « Fleabag », ce qui n’est pas étonnant puisque le réalisateur Harry Bradbeer a réalisé la plupart de la série Fleabag où Phoebe Waller-Bridge brise continuellement le quatrième mur pour parler directement au public – à voir !
🎥  « Un Tsunami sur le Léman », de Laurent Graenicher (scénario de Pierre-Yves Frei), 2018, Arte, RTS 🇨🇭
🌊Un film passionnant, particulièrement lorsque l’on habite aux abords du Léman ! On apprend, dans ce documentaire, que selon des sources écrites remontant à la fin du VIe siècle, l’effondrement d’une montagne aurait provoqué une vague géante – Tauredunum – sur le Léman en 563, ravageant les rives du lac, et entraînant nombre de destructions et de victimes. Genève aurait même été submergée en grande partie… Légende ou réalité ? Deux chercheuses de l’Université de Genève, Stéphanie Girardclos et Katrina Kremer, ont sondé les sédiments du lac et, grâce à des techniques récentes, ont permis de confirmer que ce drame s’était bel et bien produit, et à plusieurs reprises ! Grâce à une enquête minutieuse, on découvre que ce phénomène rare pourrait évidemment se reproduire et qu’il est totalement imprévisible !
📺🎥  « Mylène Farmer, L’ultime création », de Mathieu Spadaro, 3 X 45’, 2020, Amazon Prime 🇫🇷
🎼 Vous rêviez d’en savoir plus sur l’iconique Mylène Farmer ? Sachez-le : dès le départ, elle annonce et répète qu’elle déteste parler d’elle ! Alors, pas d’interview, ni de révélation quelconque mais l’artiste au travail, des mois avant une série de concerts à La Défense Arena. Un joli film qui fait entrer les spectateurs dans les coulisses, de la conception à la représentation, une plongée immersive dans son univers créatif : comment sont conçus les décors de la scène, les chorégraphies, les costumes de Jean-Paul Gaultier, sa préparation physique intense, sa loge et ses objets fétiches… le tout avec en point de mire des performances scéniques incroyables qui font son succès depuis 30 ans. Le tout est bien sûr rythmé par ses chansons, anciennes et récentes. Plongée garantie dans notre adolescence si, comme moi, vous avez grandi sur ses tubes !
 
 
📺 « Engrenages », saison 8, par Marine Francou, avec Caroline Proust, Thierry Godard, Audrey Fleurot, 2020, 10X52’, Canal +🇫🇷
❤️Nouvelle et dernière saison de cette série que j’ai adorée depuis ses débuts et dont j’ai bien apprécié le dénouement. Gilou est en prison et Laure se morfond de l’avoir laissé endosser seul la responsabilité de leurs méfaits. L’un et l’autre vont, malgré eux, se retrouver concernés par la même affaire : celle d’un gang de mineurs marocains sans papiers impliqués dans différents réseaux. Alors que le corps de l’un d’entre eux est retrouvé dans un lavomatic et que la 2e DPJ se saisit de l’enquête, Gilou, avec l’aval de Brémont, se rapprohe d’un autre détenu et infiltre son gang. Un jeu à nouveau dangereux où Joséphine Carlson a elle aussi sa carte à jouer. Je crois que c’est son personnage que j’ai à nouveau préféré dans cette saison où on la voit s’humaniser davantage au contact d’enfants en danger. En dépit de l’absence du juge mythique de la série, la série conserve tout son intérêt. Pépite !!
 

 📚Plein de rencontres littéraires ces derniers jours

🐴J’ai eu l’occasion d’interviewer deux écrivains pour le ELLE Suisse la semaine passée, tous deux invités par la prestigieuse Société de Lecture de Genève. D’abord Bartabas, venu parler de son premier roman, « D’un cheval l’autre » paru chez Gallimard. Entretien un peu sensible vu mon ignorance abyssale du milieu équestre ! Une chance : j’ai adoré son livre, qui parle donc même à ceux des lecteurs qui ne connaissent rien aux chevaux. Le célèbre écuyer se rappelle, dans cet ouvrage, tous les chevaux ayant croisé sa route. Ils les racontent, avec infiniment de poésie et de sensibilité, se dévoilant au fil des pages. Lui qui confesse ne pas aimer parler aux hommes a su trouver le ton juste pour ses lecteurs. Chronique et interview très bientôt dans le ELLE et sur L’Apostrophée, avec des photos magnifiques signées Karine Bauzin qui m’a fait un cadeau génial en m’accompagnant pour réaliser ces clichés !

💖J’ai également pu échanger avec Leila Slimani venue présenter son dernier roman, qui comme celui de Bartabas, avait paru juste avant le confinement également dans la collection blanche de Gallimard. Dans « Le pays des autres », elle raconte Mathilde, jeune Alsacienne tombée amoureuse d’un soldat marocain, Amine, qu’elle a épousé et suivi au Maroc pour y fonder leur famille. Une vie rude et difficile, inspirée de la vie de ses grands-parents. Si les thèmes explorés dans ce roman ne surprennent pas dans l’écriture de cet auteur talentueuse, la forme en revanche est nouvelle pour elle puisqu’elle s’est attelée ici à une trilogie. J’ai beaucoup aimé sa manière de conter, la psychologie de ses personnages, et la femme aussi.

📚 Last but not least, nous avons reçu dans le cadre de nos cercles de lecture genevois (celui des Cercle de Lecture des Lectrices Bienveillantes et celui de L’Apostrophée), deux auteurs talentueux ! Mes lectures de la rentrée ont été quelque peu orientées par le thème du Prix du Festival du LAC dont nous lançons la 2e édition : la mémoire. Ce prix a été créé parallèlement au Festival qui aurait dû se tenir à Genève en juin dernier et qui a été reporté en mai prochain. L’idée est de proposer à une cinquantaine de lecteurs 10 livres sur le thème de la mémoire. Ils leur attribuent une note sur 20 et l’un d’entre eux est distingué. C’est Gaëlle Nohant qui a emporté la première édition avec « La femme révélée » (Editions Grasset et Fasquelle) et elle sera célébrée cette semaine. Je vous en reparle vite ! Donc, en cette rentrée, j’ai notamment jeté mon dévolu sur « Le Fil rompu » de Céline Spierer (Éditions Héloïse d’Ormesson) dont j’ai déjà parlé ici, et sur le livre d’Oscar Lalo, « La race des orphelins » (Belfond). Quelle claque ! Un livre incroyable qui aborde un pan de l’histoire peu connu, les Lebensborn. Et surprise, ces lieux d’horreur sont eux aussi au cœur du livre de Céline Spierer. Deux auteurs suisses, des romans de la rentrée, l’idée de les réunir s’est imposée et le moment a été formidable !

 

Siddharta

Bartabas – Genève – 29 septembre 2020

©️Karine Bauzin

Siddharta

Céline Spierer et Oscar Lalo – Collonge-Bellerive

29 septembre 2020

🎟 « Chaplin’s World », Une plongée dans l’intimité du plus suisse des artistes hollywoodiens… : Charlie Chapplin vécut en Suisse dans une superbe bâtisse, transformée aujourd’hui en musée. Une vsite que j’ai adorée ! Alors qu’il était devenu indésirable aux États-Unis où il avait pourtant vécu plus de 40 ans avec le succès que l’on connaît, en raison de ses thèmes de prédilection (la guerre, la société de consommation, les enfants des rues…) et au prétexte de convictions communistes présumées, Charlie Chaplin élut domicile en Suisse en 1952 avec sa femme, Oona. C’est au Manoir de Ban, à Corsier-sur-Vevey, qu’il vécut les 25 dernières années de sa vie – les plus belles selon lui – entouré de leurs huit enfants et de nombreux amis, personnalités publiques, artistes renommés, heureux de venir lui rendre visite dans ce havre de paix, au bord du Léman. Le lieu, transformé depuis avril 2016 en un Musée dédié à l’immense artiste qu’était Charlot, vaut le déplacement ! Un studio permet d’emblée de replonger dans tous ses chefs d’œuvre et une scénographie astucieuse, avec l’image au cœur du dispositif et des personnages de cire plus vrais que nature réalisés par le musée Grévin, font pénétrer les visiteurs dans l’intimité de cette famille : émotion garantie ! On déambule ainsi à travers les pièces de l’immense demeure, passant par le bureau où Charlie Chaplin écrivait ses scénarios, son salon, sa chambre, découvrant au détour d’une pièce le Steinway sur lequel furent composées la plupart des musiques de ses films, ou encore le violon de ses débuts, mais aussi sa canne, chacun des espaces regorgeant de merveilleuses photos… On y croise même son ami Einstein dans une pièce surprenante !
Evidemment, ce qui dérange n’y est pas évoqué : ni le vol de sa dépouille par des escrocs qui ont souhaité rançonner sa veuve, ni encore son « goût » pour les très jeunes filles, très loin de l’American dream… Ainsi, j’ignorais, avant de m’y intéresser de plus près, que Charlie Chaplin se maria quatre fois, eut (officiellement) onze enfants, dut fuir deux fois au Mexique avec une mineure enceinte et fut à l’origine d’une modification de la loi californienne sur la paternité !
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