Les guerres intérieures – Valérie Tong Cuong

Une histoire qui saisit, une plume d’une justesse incroyable pour esquisser des personnages contemporains, aux prises avec leurs consciences et qui marquent de manière indélébile.

Éditeur : JC Lattès

Nombre de pages : 240

Parution : août 2019

Prix : 19 €

Version ebook disponible

Une seconde.

Un temps extrêmement bref. Et pourtant suffisant pour changer le cours de notre vie. Un cri ignoré, un mail trop vite archivé, une parole lâchée ou, à l’inverse, tue. Et tout bascule.

Alexis, 19 ans, aura sans doute souffert davantage que quelques secondes mais il ne se souvient de rien. Sans qu’il ne puisse en saisir la moindre raison, un inconnu pénètre chez lui, armé d’un poing américain et le laisse pour mort. La scène est vécue par le prisme de son voisin, Pax, de passage chez lui quelques minutes avant un casting très important. Acteur en manque de reconnaissance, ce rendez-vous avec un metteur en scène célèbre pour décrocher un rôle dans un film où joue Matthew McConaughey représente énormément pour lui. Alors, ni les bruits étranges ni le cri entendus ne le décident à aller voir ce qui se passe au-dessus de chez lui, pas plus qu’un homme fuyant l’immeuble lorsqu’il lui-même en sort rapidement après.

À quoi bon s’inquiéter alors qu’il n’y a sans doute rien face à l’enjeu que constitue cette rencontre ? Un cas de conscience immédiatement balayé mais qui revient tel un boomerang dès le lendemain, lorsque Pax apprend avec stupeur l’ampleur du drame.

Matthew McConaughey dans “Dallas-Buyers-Club”

S’il était intervenu, le jeune homme s’en serait sans aucun doute mieux sorti. Trois heures d’inconscience avant d’être découvert auront eu raison de l’un de ses yeux et changé irrémédiablement le cours d’une vie qui promettait d’être belle en un néant absolu. L’année qui suit est alors une longue descente aux enfers et Pax paie le prix cher de sa lâcheté et de son indifférence ce jour maudit. Rongé par la culpabilité, il dépérit, tente de tenir debout tant bien que mal, jusqu’à une formation en gestion du risque qu’il dispense en tant que comédien dans une entreprise. Il y fait la connaissance d’Emi.

Là aussi, un seul regard, un frisson, une ambiance d’un coup électrique, et le cours d’une vie peut changer. C’est ce que l’on appelle un coup de foudre. Et une chance incroyable pour Pax, puisqu’Emi, contre toute attente, ressent exactement la même chose. Se reconnaissent-ils ? Tout le laisse à penser : comme Pax, elle « porte l’uniforme impénétrable des êtres désenchantés ».

La vie n’est en effet pas simple pour Emi non plus qui, de son côté, a organisé cette formation à la suite du décès de l’un des salariés de l’entreprise dont elle est la responsable Qualité Hygiène, Sécurité, Environnement. Cette disparition a été brutale, consécutive à un accident de la circulation. Mais s’agissait-il réellement d’un accident ? Ce salarié auquel l’entreprise venait de proposer une rupture conventionnelle après 30 ans de bons et loyaux services, n’aurait-il pas volontairement lâché le volant ? N’a-t-elle pas été négligente ? A-t-elle bien pris en compte tous les éléments dont elle disposait pour veiller à la sécurité de ce salarié en particulier ? Une guerre intérieure terrible pour Emi qui, parallèlement, mène un autre combat, bien plus difficile encore. Son fils s’appelle Alexis et a subi une terrible agression une année auparavant…

Se referme alors sur Pax un piège diabolique : à la culpabilité ressentie s’ajoute le mensonge, chaque jour plus lourd. C’est sur cette base que se construit sa relation à Emi puis à Alexis auxquels il ne dit pourtant rien de sa présence le jour de l’aggression, eux qui voient alors en Pax une lueur d’espoir dans leur vie désespérée. Et plus le temps passe, et plus l’aveu paraît difficile. Impossible ?

Il est quelques auteurs dont on guette le prochain livre avec impatience… Et c’est une nouvelle fois émerveillée que je sors de la lecture d’un livre de Valérie Tong Cuong, auteur que j’affectionne particulièrement.

Ce nouveau roman porte sa marque de fabrique, si identifiable et si formidable : une histoire qui nous saisit, une plume d’une justesse incroyable pour esquisser des personnages contemporains, aux prises avec leurs consciences et qui nous marquent de manière indélébile. Elle joue, dans ce livre, avec les thèmes qui lui sont chers : amour, lâcheté, culpabilité… toujours avec une bienveillance saisissante. Aucun jugement ici. S’il ne s’agit pas à proprement parler d’un thriller, je me suis surprise à  feuilleter irrésistiblement les dernières pages du roman pour m’assurer que tout le monde était là et que le tsunami évoqué n’avait pas tout emporté !

Valérie Tong Cuong signe aujourd’hui un livre fort où des personnages vivent tant bien que mal, prennent des petits arrangements aux conséquences parfois insoupçonnées, passent par toutes les palettes de sentiments, des guerres intérieures que chacun d’entre nous connaît pour y être lui aussi confronté. Bref, de l’émotion à l’état pur, comme dans tous ses opus !

Au-delà de l’intrigue finement nouée au final incroyable que je n’osais imaginer, si lumineux, ce roman fourmille de réflexions intéressantes comme sur le thème du courage ou encore de la création. Ainsi, faut-il nécessairement vivre un drame fondateur pour devenir artiste ? Pax tend à le penser.Un thème à rapprocher du formidable livre de Boris Cyrulnik, « La nuit, j’écrirai des soleils » (Odile Jacob, avril 2019) où l’auteur évoque la perte de parents comme invitation à la créativité pour bon nombre d’écrivains.

« Les guerres intérieures » s’apparente résolument à un roman des temps modernes où la violence imprime notre quotidien sous toutes sortes de formes, évoquées au fil du roman et lui conférant un caractère très réaliste et actuel.

Valérie Tong Cuong est une belle personne et ses livres profondément humains en témoignent. Un roman à ne pas manquer en cette période de rentrée littéraire.

©Francesca Mantovani

À propos de l’auteur

Valérie Tong Cuong est née en 1964. Elle a étudié la littérature et les sciences politiques, puis passé huit ans en entreprise avant de se consacrer à l’écriture et à la musique. Elle est l’auteur de onze romans, parmi lesquels Noir dehors (Grasset, 2006), L’Atelier des miracles (JC Lattès, 2013, prix Nice Baie des Anges) et Pardonnable, impardonnable (JC Lattès, 2015). Son dernier roman, Par amour (JC Lattès, 2017), a été couronné par de nombreux prix, dont le prix des lecteurs du Livre de Poche.
Son œuvre est traduite en dix-huit langues.

Le site de Valérie Tong Cuong : Valérie Tong Cuong

 

 

Quelques pages en extrait du livre….

Recevez mes chroniques par mail pour vous inspirer !

Une fois par semaine directement dans votre boîte mail.

Votre inscription a bien été prise en compte

Share This