Entretien avec Julie Mamou-Mani

© Pierre Terdjman

 

« Pour une Thérapie Du Rire » : les recettes humoristiques de Julie Mamou-Mani, pour le meilleur et pour le rire !

Elle nous a sauvés de notre premier confinement et, depuis, nous sommes tous devenus accros à son compte instagram, @mamouz !

Journaliste, productrice de contenus tous supports, engagée notamment pour la cause des droits des femmes, Julie Mamou-Mani alias @mamouz fédère une communauté de plus de 80 000 followers, adeptes des mèmes – photos ou textes détournés – qu’elle partage et à la vue desquels aucun sourire ne résiste ! Elle publie aujourd’hui « Pour une Thérapie Du Rire » (PTDR !) et démontre que l’humour « gai-rit » de tout ! Elle a sollicité, au soutien de son propos, plusieurs personnalités venues lui apporter leur point de vue sur l’humour : Grégory Pouy, Adèle Van Reeth, Caroline de Maigret, Delphine Horvilleur, Brigitte Milhau, Morgane Ortin, Bernard Werber, Mathieu Demy et Sophie Trem. Un livre convaincant et réjouissant !

 

Julie Vasa : Comment l’idée de ce livre est-elle née ?

Julie Mamou-Mani : Ce n’est pas moi mais Charlène Guinoiseau des Editions suisses Jouvence qui en a eu l’idée ! Elle « likait » mes publications et nous avons commencé à échanger régulièrement. En juin l’année dernière, elle m’a demandé si cela m’intéressait d’écrire un livre. Comme j’adore les aventures, j’ai dit « oui », me rendant alors assez peu compte du travail que cela représentait ! Même un manuel de bonne humeur requiert pas mal de temps !

J.V. : Comment as-tu procédé pour construire ce livre ?

J.M.-M. : Je me suis interrogée sur la meilleure manière de raconter cette aventure, parler des mèmes, dont je ne suis pas l’auteur, je tiens à le préciser ! Comme je suis journaliste, j’ai commencé par quelque chose de très sérieux, une analyse du rire en lisant Freud, Bergson évidemment… Mais mon éditrice m’a tout de suite dit qu’elle souhaitait un témoignage universel, donc personnel. Nous voulions que le livre ressemble à mon compte et je tenais à enrichir le tout par des interviews de personnalités qui viennent donner du corps, de l’ampleur à chaque chapitre.

J.V. : Comment ton surnom « Mamouz » est-il né ? Avec ton compte Instagram ?

J.M.-M. : Pas du tout ! C’est le surnom que mes meilleurs copains m’ont donné quand nous étions ados ! D’ailleurs, j’ai donné le nom de « Mamouz prod » à mon entreprise il y a trois ans. Je ne pensais pas du tout à Instagram à ce moment-là ! C’est une jolie histoire, très positive.

J.V. : Pour les non-initiés, peux-tu définir ce qu’est un mème et quelle est son utilité ?

J.M.-M. : Il s’agit de la publication d’une photo détournée avec une phrase clé, une punchline. Le plus court est le mieux. Il faut pouffer en la regardant, sans réfléchir ! Ces mèmes servent à mon sens à rendre la vie plus jolie. Je suis d’ailleurs mon premier public ! Si je rigole, je partage ! Il ne faut surtout pas que ce soit méfiant, malveillant ou que ça porte sur le physique. Les mèmes doivent rester le plus ouverts possibles, charmants, poétiques, absurdes.

 

J.V. : Tu en partages des milliers sur ton compte : comment les collectes-tu ?​

J.M.-M. : Par plein de voies différentes. Comme je l’évoquais, j’étais journaliste, rédactrice en chef et productrice d’émissions : le travail est le même. Je déchire toujours, pour les conserver, les pages de magazines comme le Elle, le Vanity Fair… qui m’intéressent. Pour les mèmes, je procède de manière identique : je fais du repérage, j’explore des sites intéressants, des gens qui dessinent bien, des perles de journalistes, des twitters… C’est d’ailleurs ainsi que j’ai rencontré ce mec génial, Gérald Arno alias Etienne Dorsay ! Une recherche tous azimuts ! Et désormais, j’en reçois aussi en grand nombre. J’essaie de toujours citer le créateur ou le contributeur mais cela s’avère très difficile parfois.

J.V. : Existe-t-il un profil type de mèmes qui recueille un maximum de likes ?

J.M.-M. : Probablement ceux qui résument le plus un quotidien assez basique et que l’on ressent tous. Je pense par exemple à l’un des derniers que j’ai postés, sur Yves Rocher : tu vas acheter un baume et tu repars avec en plus un kilo d’endives, une photo de Philippe Risoli… Au moment où je postais ce mème, je recevais un mail en tant que cliente d’Yves Rocher, « Vous avez gagné un cadeau » ! À la minute, ce post a généré 6 000 likes ! Ca illumine notre quotidien ! Il n’y a rien de prétentieux dans ma démarche. Ce que j’aime dans cet humour, c’est qu’il est là juste pour sucrer, pour épicer ton quotidien. Garder toujours l’œil qui frise face à des situations banales !

« Ce que j’aime dans cet humour, c’est qu’il est là juste pour sucrer, pour épicer ton quotidien​. »

J.V. : A-t-il été compliqué d’en sélectionner pour le livre ?

J.M.-M. : Ce fut un travail énorme ! Encore aujourd’hui, après avoir fait du tri, j’ai toujours plus de 70 000 photos, captures d’écrans… dans mon téléphone ! Je suis débordée ! Nous nous sommes pas mal interrogées avec mon éditrice sur le fait de prendre des mèmes avec des photos ou pas, des phrases, sur l’opportunité de conserver l’anglais ou celle de traduire… Au final, l’ensemble me paraît assez cohérent mais le travail de sélection et d’harmonisation a été colossal !

J.V. : Comment as-tu sélectionné les personnalités que tu as interviewées ?

Delphine Horvilleur

Delphine Horvilleur

J. M.-M. : Par affinités et par intuition. Par exemple, pour le chapitre sur l’engagement, j’ai pensé à Mathieu Demy qui adore l’humour, surtout absurde et poétique, et qui est quelqu’un d’engagé, comme sa mère, Agnès Varda. Par intuition, j’ai aussi pensé à Etienne Dorsay pour l’absurdité du quotidien ; Adèle Van Reeth pour la vie quotidienne ; Delphine Horvilleur pour l’humour juif… Quand je l’ai sollicitée, elle a accepté immédiatement et c’était très important pour moi de l’associer à ce projet. Ce qui est formidable avec elle, c’est qu’il y a toujours trois niveaux de lecture. J’ai une chance folle de l’avoir. Pareil avec Caroline de Maigret : elle a un instagram très chic et c’est elle qui m’a envoyé plein de choses en me confessant que la pratique de l’humour lui avait apporté plus de travail ! Bernard Werber aussi, une chance ! Il adore le compte @mamouz et a dit oui tout de suite. Je suis également ravie d’avoir Brigitte Milhau, médecin, avec laquelle j’ai commencé. C’est une femme joyeuse que j’apprécie beaucoup ! Tous ont accepté de participer à ce grand mezze du rire ! C’est original.​

J.V. : Comment t’es-tu rendue compte que le rire avait autant d’importance ?

J.M.-M. : Je crois que cela remonte à mes 18 ou 19 ans. J’avais eu un grave accident de voiture, mes mains étaient totalement écrasées. Pendant qu’un médecin me recousait, je me suis plainte à lui : « moi qui adore les grosses bagues, comment vais-je faire ? » ! Je rigolais même si la situation était un peu tendue. J’ai toujours eu un côté un peu « Julie chipie » !

« J’ai toujours eu un côté un peu « Julie chipie » !

J.V. : Rire, savoir rire : est-ce selon toi le résultat d’une éducation ?

J.M.-M. : Il me semble qu’on apporte beaucoup à nos enfants en leur apprenant la dérision, et l’autodérision. Mes parents l’ont pratiqué avec nous et en parlant, me vient l’image de mon père, sur une mezzanine, me disant « Allez Julie, on va à l’école ! ». Il n’était alors vêtu que de santiags et… j’étais terrifiée ! Rétrospectivement, c’était très drôle ! C’est une manière d’élever ses enfants toujours avec de la légèreté et des sourires !

J.V. : Et à ton, tour, est-ce quelque chose que tu transmets à tes enfants, peut-être pas simplement vêtue de santiags ?​

J.M.-M. : Oui, tout à fait ! Je trouve que ça rend la vie plus légère.Je suis peinée quand, parfois, je vois des gens qui prennent tout trop au sérieux. On n’a qu’une vie, qui passe tellement vite ! J’ai envie de leur dire : « Franchement, rigolez, cela ne vous coûtera rien ! ». J’ai remarqué, même si cela est moins flagrant avec les masques, que lorsqu’on sourit à quelqu’un dans la rue, il vous répond par un sourire aussi.

« Je suis tout de même l’influenceuse ou l’instagrammeuse la moins critiquée pour le moment. Aucun grain de sable, que du bonheur ! » 

J.V. : Plus de 80 000 abonnés sur ton compte Instagram : combien de temps cela te prend-il pour animer cette communauté ?

J.M.-M. : Franchement, je ne me rends même pas compte. C’est devenu totalement automatique et j’adore échanger avec les gens, je me suis fait plein de copains ! D’ailleurs, certains s’étonnent que je parvienne encore à leur répondre : cela ne me pose pas de problème. Je suis une hyperactive ! Je suis tout de même l’influenceuse ou l’instagrammeuse la moins critiquée pour le moment. Aucun grain de sable, que du bonheur. Certains me disent que maintenant, ils voient les infos à travers mes lunettes et cela me comble, c’est tellement sympa. Rien de compliqué en fait !

J.V. : Ta popularité a décollé sur les réseaux sociaux lors du premier confinement. Comment vis-tu cette soudaine notoriété ?

J.M.-M. : Très bien ! L’aventure Mamouz est davantage un collectif. Les gens participent, comme sur les coiffeurs, la Joconde ou encore les mappy. J’adore ! Certains me disaient : « je n’arrive plus à travailler à cause de vous : je pense aux trajets que l’on peut faire en mappy » ! C’est génial et réjouissant !

J.V. : Peut-on selon toi rire de tout ?

J.M.-M. : Bien sûr, on peut rire de tout, je l’espère en tous cas. D’ailleurs, les français sont assez bons pour rire de tout.

J.V. : T’imposes-tu certaines limites  ?

J.M.-M. : Non, je ne me censure pas. Quand je regarde les titres du Canard enchaîné qui me font hurler de rire ou encore ceux de Libé, j’apprécie notre état d’esprit français. On aime bien titiller. Parfois, je crains de me faire taper sur les doigts mais finalement, cela n’arrive jamais.

J.V. : Dans quelle mesure l’humour peut-il soigner le corps et l’esprit ?

J.M.-M. : J’ai compris désormais que le rire avait des vertus médicales. Lorsque l’on rigole, on respire, on se défait de son angoisse. Je n’aurais jamais imaginé auparavant que l’on puisse autant s’oxygéner en riant. D’ailleurs, on maigrit aussi : une minute de rire, c’est des calories de perdues ! C’est tout de même fou ! J’ai adoré voir des gens faire des stages pour apprendre à rire ! Je ne me remets toujours pas de tous les bienfaits du rire !

J.V. : Les stages de rigologie évoquent pour moi le livre de Sophie de Villenoisy, « Courage rions ! »

J.M.-M. : Oui, tout à fait ! C’est ça ! J’ai remarqué que lorsqu’on fait des blagues à quelqu’un, cela crée du lien, et c’est positif.

J.V. : Quel rapport entretiennent humour et amour à tes yeux ?​

J.M.-M. : Des rapports très proches ! Je serais incapable d’envoyer des textos sans rire, c’est impossible ! J’ai beaucoup de mal avec le premier degré. Tous mes textos, et même mes sextos, sont humoristiques ! C’est parfois un peu pénible car ça chasse tout romantisme mais je ne sais pas faire autrement. Si mon amoureux n’avait pas d’humour, ce serait injouable ! J’adore charrier et dire des bêtises, il ne faut pas prendre la mouche avec moi !

J.V. : Adèle Van Reeth et Delphine Horvilleur auxquelles tu donnes la parole parlent du rire comme d’un outil de résistance incomparable. En quoi ?

Adele Van Reeth

J.M.-M. : Rire, c’est un peu comme de la philosophie. Cela nous empêche de nous confronter frontalement à un adversaire agressif. Mettre  de l’humour entre soi et une personne qui nous dérange procède d’une forme de résistance. Les traits d’esprit permettent de mettre à l’écart les soucis. Romain Gary a dit « L’humour est l’arme blanche des hommes désarmés » : c’est absolument magnifique et aide à tout. Rire fluidifie les rapports humains et c’est gratuit !

J.V. : Qu’est-ce qui te fait le plus rire ?

J.M.-M. : J’aime quand c’est assez débile au fond, pas des choses alambiquées. J’adore l’inventivité dans l’humour. Plus c’est absurde et fantaisiste et plus cela me plaît !

J.V. : Une dernière question, celle d’une blogueuse littéraire à une podcasteuse littéraire…Tu as créé le poscast “3 petits points” que tu animes avec Alix Laine.  Quelle suite ?

J.M.-M. : Nous sommes très heureuses car la librairie de St Tropez l’Ecume des pages ouvre une petite annexe où nous allons pouvoir réaliser des 3 petits points, je pense à Thibaut de Montaigu, Anne Berest… Et Alix, avec laquelle je travaille sur ces podcasts, va revenir en France. Cela devrait faciliter les choses. Nous avons plein de beaux projets ! ◾️

L’hommage d’Aurélie Saada à Mamouz, remède à la mélancolie

 

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