Entretiens croisés

Sophie de Baere – Guillaume Para

Sophie De Baere – La Dérobée.
Guillaume Para – Ta vie ou la mienne.

Leurs premiers romans ont été publiés aux Éditions Anne Carrière à quelques jours d’intervalle. Lus quasiment à la suite, ces livres m’ont plu, émue et j’ai souhaité en savoir plus sur ces deux primo romanciers.

Sophie De Baere et Guillaume Para ont eu l’extrême gentillesse de se prêter au jeu de l’interview croisé et je les en remercie infiniment. Leurs propos ont été recueillis en juin dernier. Au-delà d’avoir publié simultanément leurs premiers romans chez le même éditeur, beaucoup de similitudes dans leurs parcours et leurs approches… Belle rencontre !

Julie Vasa : Comment est venue l’idée d’écrire un roman ? L’envie d’écrire ? Le sujet du livre ?
Sophie De Baere : 

Écrire est, pour moi, un besoin fondamental de s’extraire du quotidien, de lutter contre le temps qui passe, de mieux comprendre le cours des choses. J’ai toujours écrit. De manière confidentielle. Des textes courts, le plus souvent. Des chansons surtout et, il y a quelques années, un premier long manuscrit très personnel finalement resté au chaud dans un tiroir. Et puis, en 2016, suite à un gros bouleversement familial, j’ai eu envie de fouiller, au plus près de l’intime, les émotions, leurs excès, leurs aller-retours et leurs paradoxes face à une situation compliquée et inédite.Je voulais ainsi faire ressortir toutes ces chaînes invisibles qui nous empêchent de nous réaliser voire même, tout simplement, de savoir qui on est. De cette envie est né le sujet principal de mon livre : la difficile quête de soi. Celle-ci a pris les traits d’une femme, Claire. Une femme a priori banale. Une anti-héroïne. J’ai écrit son histoire dans une forme d’urgence. En quelques mois, le roman était achevé.

 

Guillaume Para : 

J’ai toujours été un fêlé de littérature mais je n’ambitionnais pas d’être auteur. Il y a quatre ans, j’ai écrit un premier manuscrit autobiographique, destiné à être un exercice introspectif, une thérapie par l’écriture qui a été véritablement salvatrice d’ailleurs.

Je l’ai fait lire à des proches qui trouvaient ce récit très beau, mais j’ai renoncé à le publier car il révélait trop de choses personnelles. Après cela, le besoin d’écrire était désormais en moi. J’avais attrapé le virus. J’ai alors réfléchi à une histoire totalement fictionnelle.

 

J.V. : Comment avez-vous trouvé votre inspiration pour ce premier roman ? Portiez-vous l’histoire que vous racontez depuis longtemps ?
S.D.B. : Difficile pour moi de vous dire avec précision d’où me vient l’inspiration pour écrire… Certainement beaucoup de l’observation mais aussi de mes propres ressentis ; je suis d’une nature très sensible. Sorte d’éponge qui absorbe les affects des uns et des autres, je me retrouve vite emplie d’eux. De leurs réactions, de leurs troubles, de leurs élans, de leurs secousses. De ce mélange, je façonne peu à peu des personnages et des parcours de vie. Claire, Antoine, Paola et les autres sont faits des bribes de cette expérience. Au fond, ce qui fait l’essence de notre être, c’est toujours cet agrégat et mes personnages sont donc comme n’importe quel individu : ils se nourrissent d’autrui, d’environnements réels ou fantasmés et de tas d’histoires vécues ou entendues.

Pour répondre à votre seconde question, je crois qu’en réalité, je portais l’histoire de ma narratrice depuis très longtemps. Ses errances, ses doutes mais aussi ses conditionnements desquels elle cherche à s’échapper sans toujours y parvenir bouillonnaient en moi sans réussir à prendre forme. Et c’est lorsque j’ai découvert, par hasard, le sublime film « La femme d’à coté » de François Truffaut que j’ai immédiatement imaginé ce retour d’Antoine s’installant au-dessus de chez Claire comme un point de départ à mon roman. J’avais envie de partir d’un cliché de la littérature et du cinéma (l’ancien premier amour qui resurgit) et d’en faire tout autre chose, d’emmener le lecteur sur des chemins insoupçonnés, de le déranger…

« La femme d’à côté » de François Truffaut, 1981, avec Fanny Ardant et Gérard Depardieu
G.P. : J’ai cherché durant quelques semaines le sujet de cette fiction puis un matin, j’ai dit à ma femme : « j’ai pensé à une histoire… ». Je lui ai raconté toute la trame, cela m’était venu d’un coup et plus je lui racontais, plus je définissais la trame de mon prochain roman. L’inspiration avait jailli soudainement.

 

J.V. : Quel processus littéraire avez-vous suivi ? Un plan totalement construit avant de se lancer ? Une page blanche et une fin inconnue en se laissant porter par l’écriture ?
S.D.B. : J’ai construit un plan très précis avec des tas de ramifications qui amenaient à une fin prévue à l’avance. Je crois que cela avait un côté rassurant. Mais au cours de l’écriture, mes personnages et mon regard sur eux n’ont cessé d’évoluer … Mon fil narratif a été peu à peu agité, ébranlé… La fin aussi. Complètement. Et c’est aussi cela qui est excitant lorsqu’on écrit !
G.P. : Je savais par où commencer et où je voulais aller. Depuis le début du processus créatif, je connaissais la fin du roman. Je savais aussi quels thèmes je voulais aborder. Après, personnellement, je définis un plan narratif qui n’a rien de définitif. Mon métier de journaliste est un travail de l’écrit mais on se doit d’obéir à des règles strictes. Ce qui est beau dans l’écriture, c’est cette liberté dont jouit l’auteur. J’avais donc un plan mais pas un carcan : mon récit a évolué au fil de la rédaction. Lorsque les contours de mes personnages ont été bien définis, ce sont eux qui m’ont guidé. C’est d’eux qu’a surgi l’inattendu.

 

J.V. : Vous êtes-vous inspirés de faits réels en particulier ?
S.D.B. : Alors, sans parler de faits réels, je me suis basée sur la réalité d’un milieu. J’ai voulu faire émerger des gens qu’on évoque, à mon avis, trop peu en littérature. Je souhaitais parler des difficultés du couple, de la famille mais pas de celles de Saint-Germain-des-Prés. Je voulais donner la parole à la classe moyenne, à la France rurale et besogneuse des années 1980, à la France des lotissements et des fêtes de village.

Je voulais aussi la donner à la génération suivante, à celle qui a cru prendre un ascenseur social libérateur. Claire est cette ancienne élève du fond de la classe qui, devenue adulte, quitte son trou paumé pour devenir propriétaire d’un 3 pièces avec aperçu mer dans une grosse ville. À force de travail, elle devient « responsable », son mari aussi. Elle d’une boutique d’autoroute et lui d’une petite agence bancaire. Pourtant, Claire, comme sa mère qui faisait des ménages et son père ouvrier sur des chantiers, se contente d’être au service des autres. Tout comme elle l’est aussi dans sa vie conjugale et familiale. Son statut professionnel apparemment plus flatteur et le confort matériel dont elle jouit ne sont que des leurres : au fond, cette femme discrète et généreuse ne cesse de se courber. Seule sa fille, Solène, s’émancipe de ce carcan sociétal. La détermination de celle-ci sera d’ailleurs un facteur déclencheur dans la mue de Claire.

G.P. : J’ai voulu décrire une réalité sociale mais les faits sont totalement inventés. Malgré cela, mon roman s’inscrit totalement dans le réel. J’ai voulu notamment y soulever des problématiques d’actualité : celles des cités dites difficiles, du milieu carcéral et celles des violences de notre société en général, quels que soient les milieux sociaux. Pour un journaliste, cela peut paraître assez logique de choisir de telles thématiques mais ça a été difficile justement du fait de mon métier. J’ai dû me mettre totalement dans la peau d’un écrivain, me défaire de mes réflexes professionnels pour décrire les faits d’une manière totalement différente. J’ai adoré ce passage à la fiction. J’ai découvert un vecteur d’expression magnifique, le plus beau qui soit.

 

J.V. : A-t-il été facile d’être édité ? Comment avez-vous procédé ?
S.D.B. : Je n’avais aucune connaissance dans le milieu de l’édition et ne côtoyais aucun auteur ; je vis loin de Paris et travaille dans l’enseignement : ce n’était pas gagné ! Alors quand, via un ami, mon compagnon a obtenu les coordonnées de Jean-Baptiste Gendarme, écrivain, agent littéraire et rédacteur en chef de la revue littéraire Décapage, il lui a écrit pour lui demander son opinion de professionnel sur mon manuscrit.

©Olivier Dion

 

Jean-Baptiste a accepté de le lire et, à ma grande surprise, il m’a recontactée quelques jours après : il pensait que mon texte méritait d’être présenté à son réseau d’éditeurs. Nous nous sommes rencontrés en juin 2017 et il devait proposer « La Dérobée » en septembre. Or, à la rentrée : coup de théâtre ! Jean-Baptiste devient éditeur chez Anne Carrière et me demande si j’accepte de le suivre dans cette nouvelle aventure. Vous connaissez la suite…

G.P. : Personnellement, j’ai été très gâté. On me promettait l’horreur dans la confrontation au monde de l’édition… On m’a parlé d’une « loterie », du tout petit nombre d’élus (surtout pour un premier roman), du fait qu’il fallait obligatoirement être recommandé, connaître des gens… Moi-même j’avais et j’ai conscience des difficultés de l’industrie du livre mais j’ai fait comme beaucoup, j’ai envoyé mon manuscrit à plusieurs maisons d’édition. Anne Carrière m’a appelé en personne quelques jours plus tard. Elle venait de finir de lire mon récit et voulait me rencontrer. Nous avons déjeuné ensemble et j’ai signé mon contrat d’édition peu après grâce à cette grande dame et cette formidable éditrice. Un véritable enfant gâté je vous dis !
 

J.V. : La publication, la promotion, les réseaux sociaux… Comment vivez-vous l’après-écriture et le retour des lecteurs ? Connaissez-vous des déceptions ?

S.D.B. : Je ne suis allée qu’une fois dans ma maison d’édition pour y faire mon service de presse. Durant ces quelques heures, j’y ai notamment rencontré Anne et Stephen Carrière. Ils ont été tous deux très chaleureux et le retour de lectrice d’Anne Carrière m’a particulièrement émue. Elle avait adoré mon livre et souhaitait que je le lui dédicace. J’ai été très touchée. Je n’y suis, depuis, jamais retournée ; tout s’est fait par mail ou téléphone avec Jean-Baptiste. Il y a ensuite eu, en avril, le lancement en librairie. À peine une heure après le début de la dédicace, la librairie n’avait plus de livres ! Ce fut un moment incroyable ! Et puis… plus rien. C’est un peu le côté difficile de l’après publication : il ne se passe pas grand’ chose au début, on est dans une grande attente et une grande solitude…

Heureusement, au bout de quelques semaines, via les réseaux sociaux, Instagram et Facebook, j’ai commencé à recevoir des retours de lecteurs et de blogueurs littéraires : ce fut un merveilleux cadeau de savoir que « La Dérobée » commençait à mener sa propre existence en dehors de mon cercle de proches,  que mon texte semblait émouvoir, bousculer aussi parfois. J’ai eu également quelques papiers encourageants dans la presse. Et puis, en juin, à Nice, j’ai fait mon premier festival du livre aux côtés de magnifiques auteurs et libraires : ce fut un week-end de rencontres hors du temps. J’ai eu la chance d’y proposer une lecture peu conventionnelle de mon roman : mon conjoint qui est musicien m’a accompagnée, durant une heure, au chant et à la guitare afin que je puisse interpréter des chansons écrites et composées avec lui pendant la genèse du roman.

J’ai ainsi pu partager avec le public cette manière bien à moi de saisir autrement l’atmosphère de mon livre et les états d’âme de mes personnages. Je ne suis pas du tout chanteuse mais j’avais envie – à défaut d’avoir pu faire venir les Brigitte pour venir chanter mes chansons ! – de relever ce défi pour enrichir encore l’univers de « La Dérobée », pour placer mon texte dans une autre perspective. Et c’est cet aspect de la promotion qui m’a le plus satisfaite. J’espère que j’aurai l’opportunité de proposer à nouveau aux lecteurs, en salon ou en librairie, ce type de lecture-récital !
G.P. : Publier un premier roman est vertigineux. De plus, mon premier enfant est né trois semaines seulement avant la parution du livre. La période a donc été quelque peu… troublante ! J’ai ressenti un vrai trac lors de la sortie puis les premiers retours des lecteurs sont arrivés via les réseaux sociaux puis ceux de quelques journalistes. J’ai été profondément soulagé, j’avais besoin d’être rassuré… Je pense que cela est lié à la part d’impudeur que comporte l’écriture. Aussi fictif que soit notre récit, nous livrons une partie de nous-même. Quant aux réseaux sociaux, ils jouent un rôle essentiel pour tout primo-romancier inconnu qui débarque sur ce marché. Pour moi, cela passe principalement par Instagram et les blogs littéraires. Mon livre est tombé entre de bonnes mains, beaucoup de blogueurs ou bookstagrameurs ont adhéré et grâce à eux j’ai pu faire connaître un peu plus mon roman.
 

J.V. : Comment organisez-vous aujourd’hui votre vie entre écriture, activité professionnelle, vie de famille ?

S.D.B. : C’est tout sauf évident ! Heureusement, mon compagnon est aussi un adepte de la littérature et il me soutient depuis le début dans cette aventure… D’ailleurs, sans son initiative, mon roman aurait sans doute rejoint mon premier manuscrit dans le tiroir de mon bureau ! En fait, ce qui est le plus difficile, c’est de gérer la fatigue liée à mon travail à plein temps car l’enseignement est un métier passionnant mais…éreintant et très chronophage, y compris à la maison ! Il est parfois difficile de se mettre à écrire à 22 heures, une fois les enfants couchés et les copies corrigées. C’est pour cela, je crois, que j’ai essentiellement écrit pendant les vacances mais il est difficile de le faire sans culpabilité vis à vis de mon fils et de mon beau-fils. Le côté positif, c’est que cela m’oblige à être rapide et très concentrée. Quand j’entends parfois que des auteurs écrivent chaque matin pendant plusieurs heures, je ne peux m’empêcher de les envier ! J’ai l’impression, sûrement délirante, que si j’avais cette chance, je pourrais écrire une saga de 10 tomes en trois mois !!!
G.P. : C’est difficile me concernant. L’écriture est une passion dévorante, qui isole beaucoup. Elle demande du silence, de la concentration et surtout du temps. Pour mon premier roman, j’ai fait des heures supp’ ! J’écrivais dès que j’avais du temps libre. C’est la même chose pour mon second récit. Ça demande une volonté farouche et une vraie exigence. Il faut être entouré de personnes qui comprennent ce que cela représente pour vous. C’est le cas de mon épouse, elle-même journaliste et amoureuse de littérature. Elle m’aide énormément. Après, je peux sacrifier certaines choses pour l’écriture mais en aucun cas mon histoire d’amour ni ma volonté d’être très présent pour ma petite fille.
 

J.V. : Comment appréhendez-vous l’écriture du roman suivant ? Est-elle commencée ? Est-il impressionnant de « s’y remettre » ?

S.D.B. : Je l’appréhende avec bonheur ! Le plan est d’ailleurs déjà élaboré et l’écriture de quelques chapitres commencée mais… j’avoue que j’ai encore des difficultés à m’y mettre sérieusement. C’est comme s’il me fallait attendre que mon aventure avec « La Dérobée » soit terminée… C’est un sentiment assez étrange.
G.P. : C’est un vrai défi. Mais dans tout challenge, vous pouvez trouver de l’inhibition ou de la motivation. Personnellement, l’ « épreuve » du premier roman me stimule. Ce qui est plus difficile pour l’instant, c’est de placer le premier derrière soi, de considérer que c’est une aventure achevée. Ce petit deuil est pourtant nécessaire.
 

J.V. : Quels sont vos auteurs favoris ?

S.D.B. : Cette question est particulièrement difficile pour moi car je suis une touche à tout. J’aime la littérature américaine et ses grandes fresques. Philip Roth, Jonathan Franzen, Paul Auster ont souvent mes faveurs. Il y a quelques années, j’ai beaucoup lu Milan Kundera et puis plus récemment Eric Reinhart, Agnes Desarthe, Michel Houellebecq, Philippe Muray, Eric Holder… Je suis aussi une grande amatrice de polars. Parmi les auteurs qui m’ont vraiment marquée sur le long terme, il y a eu Kierkegaard pour « Le journal du séducteur », Laclos pour « Les liaisons dangereuses » et bien sûr l’immense Flaubert, lu et relu, pour « Madame Bovary ».
Philip Roth
G.P. : Ernest Hemingway, Emile Zola, Philip Roth, Jack Kerouac, François Mauriac, Francis Scott Fitzgerald, Alain Fournier et Salinger. Ces deux derniers méritent d’être dans cette liste pour un seul ouvrage, « Le Grand Meaulnes » pour le premier et « L’Attrape-Cœur » pour le second.
 

J.V. : Quels sont vos trois derniers coups de cœur littéraires ?

S.D.B. : « Mémoire de fille » d’Annie Ernaux pour les nombreuses interrogations que sa lecture a suscitées en moi, « Bakhita » de Véronique Olmi pour son intensité dramatique, son rythme, sa violence et pour la voix puissante donnée à cette esclave au destin extraordinaire et enfin « Ta vie ou la mienne », d’un certain Guillaume Para… Lu d’une traite et achevé il y a deux jours, son écriture fluide et réaliste, son sens du récit, sa modernité m’ont emportée. J’aime qu’on me raconte des histoires et celle-ci en est une fameuse… !
G.P. : Je lis peu en phase d’écriture mais dernièrement, il y a eu « Le lambeau » de Philippe Lançon qui est un récit intense, d’une force émotionnelle incroyable. Le roman de l’Américain Gabriel Tallent « My Absolute Darling » que j’ai trouvé sidérant. L’auteur y installe une atmosphère suffocante, dérangeante, étrange de manière magistrale. C’est un grand roman. Je viens de aussi de finir un autre roman dont on m’a beaucoup parlé et qui a de merveilleuses critiques, il s’intitule « La Dérobée » d’une certaine Sophie De Baere… Plus sérieusement, ton livre, Sophie, est un vrai coup de cœur. Cette histoire m’a beaucoup touché. Elle est intense, belle et m’a véritablement happé. J’ai adoré ta plume à la fois sobre et sophistiquée, une formidable alchimie. Ta force d’évocation est puissante. Ton extrême sensibilité est présente à chaque page. C’est un roman poignant. J’attends le prochain avec impatience !

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