Entretien avec Pauline Lévêque

©️Sylvie Roche 

Pauline Lévêque, auteur et illustratrice de livres, signe les illustrations du dernier roman de Marc Levy, son mari. Une démarche originale qu’elle éclaire ici. 

Pour retrouver la chronique du roman de Marc Levy, C’est arrivé la nuit, c’est ici !

Julie Vasa : Vous avez exercé la profession de journaliste pendant plusieurs années avant de vous consacrer entièrement à l’écriture de livres pour enfants et à l’illustration. Comment est née l’envie de dessiner ?​

Pauline Lévêque : Mon père est artiste peintre. J’ai grandi dans son atelier. Il me laissait gribouiller sur ses toiles avant de les peindre. Mes premiers souvenirs d’enfance sont les odeurs de ses tubes de peinture. J’ai toujours dessiné mais je gardais mes petits cahiers pour moi, jusqu’à ce que Marc me pousse à dessiner plus. Quand je suis tombée enceinte de mon fils Georges, j’ai eu envie de lui écrire des histoires et,  naturellement, je les ai illustrées. J’y ai pris beaucoup de plaisir et je n’ai plus eu envie de m’arrêter.

 

J.V. : Quels sont les ingrédients, selon vous, d’une illustration réussie ?

P.L. : Quand je n’ai plus envie de la retoucher. J’aime bien laisser reposer mon travail. Difficile de dire exactement ce qui fait qu’une illustration me semble plus réussie qu’une autre. Peut-être parce que parfois, ma main semble fluide et, dans ce cas-là, j’ai le sentiment de maîtriser le dessin.

J.V. : Qu’est-ce qui vous inspire le plus pour dessiner ?

P.L. : J’ai grandi en pleine campagne dans le silence, et je suis obsédée par la ville. J’ai le vertige mais j’aime la hauteur et les gratte-ciels. Travailler les perspectives et les lignes est quelque chose qui m’inspire beaucoup. J’aime les choses structurées, les angles, les toits, les détails des façades de maison. J’aime le côté architectural d’un dessin.

J.V. : Les albums destinés aux enfants comportent souvent des illustrations, les romans pour adultes moins fréquemment. À vos yeux, quelle est la valeur ajoutée de telles illustrations ?

P.L. : Il y a souvent des illustrations dans les romans Anglo-Saxons. Ça permet un temps de pause dans la lecture, et le lecteur peut visualiser le décor de l’histoire. Je pense que c’est important de ne pas mettre de dessins des personnages, c’est bien que le lecteur se fasse son propre portrait dans sa tête.

J.V. : Dans quelle mesure peut-on dire qu’une illustration sert l’intrigue à vos yeux ?

P.L. : Je ne crois pas que le but de l’illustration soit de servir l’intrigue. Ce serait dommage de dévoiler des informations et autres indices. Pour moi, l’illustration dans un roman est plus comme une respiration, un moment d’apaisement.

J.V. : Après « Une fille comme elle » et « Ghost in love », vous signez aujourd’hui votre troisième collaboration avec Marc Levy en illustrant son dernier roman, « C’est arrivé la nuit ». Comment l’idée de travailler ensemble est-elle née ?

P.L. : Marc m’a toujours poussée à dessiner. Il aime beaucoup mon travail. J’étais très fière et honorée qu’il me demande d’illustrer « Une fille comme elle ». Il avait l’idée en tête de représenter New York à hauteur d’yeux de son héroïne qui se déplaçait en fauteuil roulant. J’ai trouvé ce concept formidable, et nous étions heureux d’une collaboration et d’avoir un projet commun.

J.V. : On dit souvent que le métier d’écrivain est très solitaire et isole. Cette collaboration était-elle destinée justement à pouvoir partager une expérience littéraire ensemble ?

P.L. : Oui, c’est vrai que Marc passe de nombreuses heures, seul, à écrire dans son bureau, donc collaborer ensemble nous permet de partager des moments complices et d’échanger sur notre travail.

 

©️Sébastien Micke

 

J.V. : Aviez-vous lu les romans avant d’imaginer les illustrations que vous pourriez réaliser ?

P.L. : Non car en fait, pour les deux premiers, Marc était toujours en phase d’écriture quand il m’a demandé de les illustrer. Du coup, j’ai fait les dessins au fur et à mesure. Pour le dernier – C’est arrivé la nuit –  c’était un peu différent, il m’a demandé plus tard, une fois le roman terminé. Marc me raconte toujours l’histoire de ses livres en amont, donc je me fais déjà une petite idée. Et puis, travailler en harmonie avec l’auteur, ça aide, il me dit exactement ce qu’il a en tête comme illustration.

J.V. : Votre travail a-t-il nécessité de vous rendre sur chacun des lieux croqués – et ils sont nombreux ! – ou bien avez-vous travaillé de mémoire, ou encore à partir de photos… ?

P.L. : Je travaille à partir de photos. Et j’avais des instructions bien précises. Je fais des recherches, je sens si une image va m’inspirer ou pas. Parfois, un dessin semble très facile mais je vais y passer un temps fou car je ne sens pas le lieu. Et inversement, certains paysages m’inspirent immédiatement.

J.V. : Comment se passe le choix des illustrations figurant dans l’ouvrage ? Résulte-t-il d’échanges avec Marc Levy ou bien vous laisse-t-il toute latitude pour sélectionner les thèmes de vos dessins et leurs emplacements ?

P.L. : Étant l’auteur, Marc sait exactement ce qu’il veut comme illustrations. Il me procure une liste d’idées et de lieux, je fais mes recherches et je dessine. Le choix de l’emplacement des dessins se décide entre Marc et son éditeur.

J.V. : Le fait de n’illustrer que des lieux ou des objets et jamais des personnages est-il uniquement lié à la volonté de laisser le lecteur imaginer les personnages ou bien est-ce davantage pour garantir, dans ce dernier livre, leur anonymat… 😉 ? 

P.L. : Comme je l’ai évoqué, il me paraît important que les personnages ne fassent pas l’objet d’illustrations. Quand on lit un livre, on se fait tous sa petite idée de ce à quoi pourrait ressembler un personnage. Ce serait dommage de casser ça avec une illustration, ce serait réducteur. C’est la même chose au cinéma quand un livre est adapté à l’écran, on est très souvent déçu car on imaginait les héros différemment. Sauf si c’est Brad Pitt bien entendu ! (message perso pour mon mari ;-))

J.V. : Cette collaboration vous a-t-elle donné envie d’aller plus loin et d’envisager, par exemple, la conception d’un roman graphique, en tandem ou pas d’ailleurs ?

P.L. : Oui, j’aimerais beaucoup illustrer des livres pour la jeunesse avec Marc.

J.V. : Avez-vous déjà une idée des prochains croquis que vous réaliserez pour la suite de la saga 9 ?

P.L. : Oui j’ai déjà quelques idées en tête. Mais Marc ne m’a pas encore tout dit, donc à suivre… ◾️

Retrouvez Pauline Lévêque sur son site : <www.paulineleveque.com> et sur son compte Instagram : paulinelevequelevy.

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