Entretien avec Ary Abittan

Après le succès phénoménal des films « Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu », Ary Abittan en revient à sa première passion, le spectacle vivant ! Fous rires et émotion garantis dans une story loin d’être éphémère comme sur Instagram ! Cet entretien a été réalisé pour le Elle suisse.

Julie Vasa : « My story », spectacle que vous venez à nouveau présenter en Suisse à la fin de l’année, après avoir joué à guichets fermés il y a quelques mois, est très différent de votre premier one-man show. Comment l’idée de ce spectacle où vous vous mettez en scène est-elle née ?

Ary Abittan : À un moment donné, j’avais accumulé plein de notes sur mes parents, mon enfance, mon mariage, mon divorce… et puis j’ai décidé de parler d’un sujet que je connais bien, moi ! Et voilà ! J’avais très envie de remonter sur scène aussi. Je n’en avais plus fait depuis trois ans. Je ressentais aussi le besoin de dire des choses plus personnelles, plus authentiques et j’ai donc décidé de parler de moi.

J.V. : Ces représentations ont-elles beaucoup évolué depuis que vous présentez ce spectacle ?

A.A. : Oui, énormément ! Ce que je fais est ce que l’on appelle du stand up familial. Je ne fais que vivre ma vie et vous la raconter, sous un autre angle. Donc oui, ça évolue car des chapitres s’ajoutent à ma vie : le célibat, les femmes, les enfants qui grandissent… L’adolescence, ça rend fou ! Effectivement, il m’arrive souvent de changer des choses dans mon spectacle !

J.V. : Et vous improvisez aussi ?

A.A. : Beaucoup ! Cela m’arrive de tester, de voir la réaction du public par rapport à ce que je peux dire.

J.V. : Qu’est-ce qui vous inspire le plus quand vous écrivez un sketch ?

A.A. : Vous savez, j’ai l’habitude de dire que j’ai beaucoup de co- auteurs mais ils ne sont pas au courant ! Ce sont mes parents, ma sœur, mes oncles, mes tantes… tout m’inspire ! Ces mots, ces paroles, dans le prolongement de ma pensée, me donnent toujours envie de détourner les choses, de faire de l’auto-dérision. Certaines choses m’angoissent alors je les tourne.

J. V. : Vous êtes donc quelqu’un d’angoissé ?​

A.A. : Les gens autour de moi disent que oui mais moi, je ne trouve pas !

J.V. : Quelles sont les situations qui vous font le plus rire ?

A.A. : Tout me fait rire. Les choses drôles, inattendues et les gens drôles me font rire.

J.V. : On évoque souvent, à propos des livres où l’autofiction est très présente en France, les réactions des proches de l’auteur… Votre famille, vos amis, semblent très importants pour vous. Quelles sont leurs réactions à ce spectacle ? Certains vous ont-ils surpris ?

A.A. : C’est exactement la question que je me posais avant la première, j’appréhendais… Et, à ma grande surprise, j’ai vu l’une de mes tantes arriver dans ma loge et me dire : « je suis très déçue, tu ne parles par de moi ! ». Je crois qu’ils sont contents en réalité qu’on parle d’eux.

J.V. : Ces représentations en Suisse feront partie des dernières de la tournée. Comment vivez-vous cette période de succession de dates, en France, en Suisse, en Belgique, en Angleterre ?​

A.A. : Je prends date par date, ville par ville, sans trop me poser de question. J’essaie d’en profiter au maximum car je l’ai vraiment souhaité, remonter sur scène. Je savoure l’instant présent.

J.V. : Les publics sont-ils différents d’un pays à un autre ? ​

A.A. : Pas vraiment. Les choses personnelles sont universelles, que ce soit aux quatre coins de la France, en Belgique ou en Suisse. À part qu’en Suisse, le spectacle commence à l’heure !

J.V. : Comment parvenez-vous à toucher le public avec des expériences personnelles qui, finalement, se révèlent le plus souvent universelles ?

A.A. :  Je viens d’une famille d’Afrique du nord et ce phénomène me surprend toujours autant ! Un bon comique doit parler de choses sincères, de choses fortes, pour toucher tout le monde.

J.V. : Que recherchez-vous dans votre rapport au public ?

A.A. :  Je cherche surtout de l’interaction. C’est pour cela que je leur parle beaucoup pendant le spectacle. Je cherche à savoir qui est marié, qui est divorcé, qui est en famille recomposée… je cherche de la communication. Mon but est de les attraper tout de suite car c’est toujours très compliqué de monter sur scène. Je jouais des personnages à l’époque. Le public constituait « le quatrième mur »… Là, je leur parle directement et essaie de les ramener vers moi.

J.V. : Ce rapport au public vous manque-t-il au cinéma ?

A.A : Le cinéma, c’est autre chose. Quand on fait des scènes comiques au cinéma, c’est souvent sous différents angles, rarement des plans séquence. Au cinéma, il faut attendre un an pour savoir si ça fait rire !

J.V. : Et le théâtre, ça vous tente ?​

A.A. : Pourquoi pas ! On m’envoie des pièces régulièrement. Je suis déjà monté sur les planches. J’aime beaucoup. Mais encore une fois, seul le spectacle vivant offre le bonheur de pouvoir improviser et de ne pas attendre quelqu’un qui parle pour toi.

J.V. : À votre avis, quel est le secret d’une bonne blague ?

A.A. :  C’est de l’écrire, la jouer, la rejouer, la répéter. Une bonne blague qui ne fonctionne pas un soir, il faut la retenter le lendemain et encore et encore. Il faut alors changer les mots, le temps, ou encore la respiration… C’est pour cette raison qu’une bonne blague est un bijou. Elle a été faite, refaite, devant un public. Parfois, cela ne fonctionne pas. Tout dépend de l’interaction avec le public.

J.V. : Vous imposez-vous des limites dans l’écriture de vos spectacles ? Et si oui, lesquelles ?​

A.A. :  Pas vraiment, je ne m’impose aucune limite. Sauf que je cherche à ce que l’on rit ensemble et pas les uns contre les autres. Le but n’est pas de se moquer pour se moquer. J’essaie de ne blesser personne. Tout ce que je dis l’est par amour.

J.V. : Quelle est la part de vérité dans tout ce que vous dites ?

A.A. : Je vais vous dire : peu importe la vérité, l’essentiel est qu’on rit !

J.V. : Vous avez tourné avec talent et humour le teasing de la dernière émission de La grande librairie : l’idée d’écrire un livre, après des spectacles, vous a-t-elle effleuré ?

A.A. :  On me l’a proposé. Le truc est que j’aurais toujours tendance à écrire des blagues, à me raconter en faisant rire. Je préfère le faire sur scène ! J’ai la réponse immédiate du public ! Pourquoi pas ceci dit si un jour, j’ai l’idée d’une histoire qui pourrait donner lieu à un roman. Je n’ai pas vraiment de velléité d’écrire.

J.V. : Quel lecteur êtes-vous ?

A.A. :  J’aime relire surtout. 

J’ai récemment relu Le livre de ma mère d’Albert Cohen. J’ai aussi lu dernièrement un livre d’Amanda Sthers que j’ai beaucoup aimé, « Monstre » de Depardieu aussi, très fort ! 

Je lis peu mais quand on me conseille des bons livres, j’apprécie !

J.V. : Comment vivez-vous votre popularité ? Plutôt lourd, plutôt agréable ?

A.A. :  C’est plutôt sympa. Les gens sont bienveillants et gentils. Tu fais un peu plus de selfies dans la rue, de demandes en mariage… de demandes en divorce aussi !! C’est rigolo !

J.V. : Vous vous mettez en scène dans ce spectacle, sur votre compte Instagram aussi. Quel est votre rapport aux réseaux sociaux ?

A.A. :  En fait, mon rapport est très simple. Je m’y suis mis au départ pour surveiller mes filles et puis je me suis pris au jeu de faire des stories. J’y ai pris goût : j’ai 15 secondes pour faire une connerie. Au lieu qu’elle reste dans ma tête, je la partage avec 500 000 personnes ! Tant mieux !

J.V. : Une chose m’intrigue : c’est quoi pour vous la « iechitude » ?

A.A. :  Ah… vous faites allusion au hashtag que j’ai créé, #onsfaitiech ?

J.V. : Exactement !

A.A. : Ce hashtag est sorti il y a quelques mois quand j’ai découvert que les gens se font iech en fait ! C’est très philosophique…

J.V. : Pas en venant vous voir quand même ?

A.A. : Ah non ! On ne se fait pas iech quand on mange, on rit ou on fait l’amour ! Voilà ! À part que parfois, même en faisant l’amour, on peut se faire ieche… Quand on travaille aussi ! C’est parti d’un dimanche en fait : on se fait iech 24 heures sur 24 chaque dimanche ! J’ai alors découvert une communauté de la iéchitude. Incroyable ! J’ai trouvé cela très mignon. Ça ramène les gens à quelque chose de très simple finalement.

J.V. : Comment avez-vous su que vous vouliez devenir acteur ? Etait-ce pour contrer cet hashtag ?

A.A. : Être acteur, c’était au contraire pour prendre des rôles que je n’aurais jamais tenus dans ma vie. Je n’ai pas pensé à être acteur. J’ai enchaîné des boulots différents. Mais je voulais monter sur scène. Je n’avais pas le choix en fait. La liberté, c’est ça, c’est quand tu n’as pas le choix. Et c’était mon cas. J’ai essayé plein de choses mais je voulais exercer un métier qui me laisse libre, qui me permette de me lever tard le matin même si j’ai découvert que ce n’est pas le cas quand on tourne surtout ! Je n’avais pas de plan de carrière au départ. On est venu me chercher. J’ai eu la chance de tourner dans « Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu », un miracle ! Plus de 20 millions d’entrées pour les deux films en Europe. Ce sont des choses qui me réjouissent. Surtout, j’essaie d’en vivre d’autres.

J.V. : Vous êtes un touche-à-tout : cinéma, one man show, chanson… Y a-t-il une discipline dans laquelle vous sentez-vous plus à l’aise ?

A.A. :  Non, pas vraiment. Le cinéma est plus cool, on refait les scènes. Le spectacle vivant est plus intense. À partir du moment où on est monté sur scène, on a une heure et demi où rien ne va s’arrêter. Si on a raté, on ne peut pas recommencer. La réponse est immédiate.

J.V. : Êtes-vous parfois tenté de changer de registre, aller plutôt vers quelque chose de plus dramatique, des rôles de composition ?

A.A. : Oui, on me l’a proposé. D’ailleurs, je vais bientôt tourner pour M6 dans le sud de la France quelque chose d’un peu plus dramatique, le rôle d’un père dont la femme va accoucher d’un enfant trisomique. Il ne saura pas du tout gérer ça. C’est un très beau scénario de Stéphanie Pillonca-Kervern.

 

Julie de Bona et Ary Abittan en tournage sur le film de Stéphanie Pillonca-Kervern

© Luc Boutria

 

J.V. : Quels sont vos prochains projets cinématographiques ?​

A.A. : Un film de Claude Lelouch, qui s’appelle « La vertu des impondérables ». Ce fut une expérience formidable ! Claude est un réalisateur très spontané, qui laisse part à l’improvisation. Cela me correspond tout à fait. Et ce qui est génial dans ses films, c’est qu’il y a toujours une ou deux scènes d’anthologie. C’est toujours très agréable de tourner avec quelqu’un comme lui. Et d’ailleurs, si j’ai voulu devenir acteur, c’est en regardant ses films.

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