Une femme en contre-jour – Gaëlle Josse

INVISIBLE. La désormais mondialement célèbre Vivian Maier l’a été tout au long de sa vie durant laquelle elle n’a eu de cesse de photographier ceux qui l’entouraient. Une œuvre incroyable qu’elle n’a pourtant jamais révélée au public. C’est à la faveur d’un heureux hasard que celle-ci sera découverte, après sa mort. Gaëlle Josse esquisse dans ce livre son portrait de manière admirable : « une femme libre, une perdante magnifique, qui a choisi de vivre les yeux grands ouverts ».

 

Éditeur : Editions Noir Sur Blanc

Nombre de pages : 153

Parution : mars 2019

Prix : 14 €

Version ebook disponible

Une soirée d’hiver, un thé et un film sur lequel je tombe un peu par hasard : « Finding Vivian Maier »… Je savais que cette artiste majeure avait fait l’objet d’un livre récemment. Rien d’évident à raconter l’histoire d’une Invisible… Pourtant, Gaëlle Josse y est parvenue d’une manière incroyable !

Imaginez une femme qui passa sa vie un appareil photos Rolleiflex à la main. Des milliers de clichés imprimés sur pellicule, jamais développés ni dévoilés par elle. Une américaine, d’origine française née en 1926 qui, une grande partie de sa vie, fut gouvernante – nounou à domicile –, prétexte idéal pour aller se promener et faire des photos de rue. Elle décéda seule en 2009, dans un dénuement presque total, au point que toutes ses archives furent vendues ; elle n’était plus en mesure de louer d’emplacement pour les entreposer. Pas d’enfant, pas de famille, une existence passée, oubliée. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais le hasard s’en mêla.

À la recherche de vieilles photos pour illustrer un livre qu’il écrivait sur un quartier de Chicago, un jeune agent immobilier de 25 ans, John Maloof, acquiert aux enchères en 2007, pour 400 $, une série de négatifs, planches-contacts, photos… Sensible à la qualité de certains clichés, sans rien y connaître pour autant, il sonde les amateurs sur un réseau dédié et réalise peu à peu l’extraordinaire découverte qu’il a faite : « tant de visages, d’instants de vie, d’inconnus qui semblent proches. Une bouleversante humanité y circule, et aussi une absolue maîtrise de la prise de vue ». Ces clichés étaient ceux de Vivian Maier. Apprenant que Vivian Maier est décédée, il entreprend alors un travail titanesque pour révéler ce travail unique et si exceptionnel d’une artiste dont chacun a entendu parler aujourd’hui. Aucun grand musée ne l’a suivi au départ, l’artiste n’ayant pas elle-même développé ses photos.

©️Vivian Maier – 9 janvier 1957. Florida

©️Vivian Maier – 24 Septembre 1959. New York,

Histoire romanesque s’il en est, elle a inspiré la romancière Gaëlle Josse qui livre, dans « Une femme à contre-jour », une biographie de Vivian Maier. Un récit sobre, sensible et incarné, qui permet au lecteur de peut-être un peu mieux saisir la personnalité si étrange de cette artiste, femme libre, avec une question qui sous-tend toute sa vie : pourquoi n’a-t-elle jamais voulu de son vivant dévoiler son œuvre au public dont elle savait qu’elle était de valeur ? Gaëlle Josse, en partant des origines de la famille de Vivian, donne quelques clés et, sans rien enjoliver, livrant parfois un peu à contre cœur semble-t-il des aspects moins positifs de sa personnalité, rend un hommage vibrant à cette photographe de génie qui avait un don inné pour photographier « les exclus, les marginaux, les abandonnés, les abîmés, les fracassés », sans parler des « innombrables autoportraits qui suffiraient à faire œuvre ».

Au-delà de l’aspect biographique central de ce livre, Gaëlle Josse nous éclaire sur son approche personnelle de l’écriture. « On ne raconte rien par hasard, jamais ». Et de développer sur ce qui les rapproche dans leur manière de créer : une « troublante correspondance ressentie avec mon travail d’écrivain ». Passionnant !

©️Vivian Maier – 27 juillet 1954. New York.

©️Vivian Maier – Novembre 1950. Chicago

Pour compléter la lecture de ce livre, le film « Finding Vivian Maier » de John Maloof et Charlie Siskel, qui y est largement évoqué, est particulièrement intéressant ! De même que le site vivianmaier.com sur lequel John Maloof a mis en ligne de nombreuses photos de l’artiste, 

« une femme libre, une perdante magnifique, qui a choisi de vivre les yeux grands ouverts ».

Festival du LÀC, 2 et 3 -10-21

©️Karine Bauzin

À propos de l’auteur

 

Diplômée en droit, en journalisme et en psychologie clinique, Gaëlle Josse est venue à l’écriture par la poésie. Son premier roman Les Heures silencieuses en 2011 aux éditions Autrement. Aux Éditions Notabilia/Noir sur Blanc, Gaëlle Josse a publié cinq romans : Le Dernier Gardien d’Ellis Island (2014), L’Ombre de nos nuits (2016), Une longue impatience (2018), Une femme en contre-jour (2019) et Ce matin-là (2021). Elle signe son retour à la poésie avec son recueil Et recoudre le soleil, paru en 2022, année de publication de La nuit des pères.

Elle anime, par ailleurs, des rencontres autour de l’écoute d’œuvres musicales et des ateliers d’écriture auprès d’adolescents et d’adultes

Elle est chevalier des Arts et Lettres et Chevalier de la Légion d’Honneur.

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