
La fêlure – Charlotte Casiraghi
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Charlotte Casiraghi réalise une enquête littéraire nourrie à la recherche des fragilités qui nous habitent, dans lesquelles il est possible de s’abîmer, mais aussi approcher une forme de vérité et trouver une manière différente d’être au monde en déviant peut-être un peu de la trajectoire empruntée. Brillant !
Éditeur : Julliard
Nombre de pages : 384
Parution : janvier 2026
Véritable exercice d’équilibriste que de souhaiter se départir d’une image de papier glacé tout en tenant un propos littéraire ambitieux, évoquer des fragilités sans trop se dévoiler, s’éloigner des apparences pour mieux se révéler. Un exercice maîtrisé avec grâce et intelligence par Charlotte Casiraghi qui publie chez Julliard « La fêlure ».
La découverte du recueil de récits autobiographiques de Francis Scott Fitzgerald – La Fêlure/The Crack-Up – puis la lecture qu’en fit Gilles Deleuze, l’incitèrent à s’intéresser à ces failles qui nous traversent et dont on ne perçoit l’existence et les raisons bien souvent qu’au moment de l’effondrement. Celui-ci n’a alors rien d’accidentel mais résulte de son appréhension. Comment expliquer un tel manque de lucidité ? De quels moyens disposons-nous pour éviter de nous détruire ?
Charlotte Casiraghi s’adonne alors à une enquête conséquente et revisite, en seize chapitres, les fêlures vécues par une sélection de figures littéraires afin d’identifier la manière dont elles ont appréhendé ces failles intimes, souvent invisibles aux yeux des autres. Chacun d’entre nous connaît des fragilités dans lesquelles on peut s’abîmer, mais aussi approcher une forme de vérité et trouver une manière différente d’être au monde en déviant peut-être un peu de la trajectoire empruntée. Il en ressort un livre érudit, exigent, riche de multiples références et qui donne assurément envie de lire ou relire des auteurs à l’aune de l’analyse qui en est été faite ici. Je pense notamment à Colette et à son habileté à maquiller son chagrin, à Balzac et son manque d’amour maternel, à Maya Angelou dont Charlotte partage l’histoire et les écrits avec des jeunes filles anorexiques dans un centre de soins où elle se rend régulièrement, à Marguerite Duras et son visage marqué dès son plus jeune âge… Et à Anne Dufourmentel auxquelles elle consacre ses pages les plus touchantes.
Poser des mots sur ce qui nous fragilise et nous rend vulnérable nous permet assurément de reprendre le pouvoir, à l’image de Colette « qui ne colmate pas la fêlure, mais la déplace avec le moyen de l’écriture. » Charlotte Casiraghi l’évoque d’ailleurs à son propos. Confrontée au deuil dès son plus jeune âge, elle a trouvé dans l’écriture un espace lui appartenant pleinement. Celle qui a créé les Rendez-vous littéraires rue Cambon ainsi que les Rencontres philosophiques de Monaco, dont les programmations sont si alléchantes, marquera à coup sûr les esprits avec ce livre magnifique et singulier.
Loin d’être un livre de confessions, « La fêlure » esquisse en creux le portrait de son autrice. Une exposition audacieuse et un livre touchant. Entretien avec Charlotte Casiraghi à retrouver bientôt dans le Elle Suisse.

© Astrid di Crollalanza
À propos de l’auteure
Née en 1986, diplômée d’un master en philosophie, Charlotte Casiraghi est présidente des Rencontres philosophiques de Monaco. Elle a co-écrit avec Robert Maggiori Archipel des passions aux Éditions du Seuil (2018). Depuis 2021, elle porte également les « Rendez vous littéraires de la rue Cambon » lancés par Chanel dans lesquels elle anime des conversations avec des écrivaines et des personnalités influentes autour de la littérature.
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