
Criticopolis – Marie Baudet
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Une BD au graphisme séduisant qui interroge notre capacité à critiquer et juger à travers le personnage d’un écrivain. Réussi !
Éditeur : Glénat
Nombre de pages : 120
Parution : Avril 2026
Toute personne passant du temps à lire et rendre compte de ses lectures ne peut manquer d’être interpelé par cette BD qui s’ouvre par une citation d’Oscar Wilde placée en exergue : « Je me lis jamais un livre dont je dois écrire la critique : on se laisse trop influencer »… Loin de m’y tenir, je m’y suis donc plongée et j’ai bien fait, attirée non seulement par le sujet mais par le graphisme qui m’a séduite,
Vincent Ballot vient de publier son deuxième roman. Et c’est loin d’être la joie : des finances en berne, une fille pré-ado dont il a la garde une semaine sur deux et qui lui en fait baver, une petite amie passablement exaspérante qui « apprend à s’écouter » et pour couronner le tout, une critique assassine de son roman soulignant une « vacuité des propos (…) renforcée par des dialogues convenus et artificiels ». Des mots cinglants balancés sans aucune justification. Saisi, Vincent s’interroge sur l’auteur de la critique et sa légitimité à le dézinguer ainsi. Commence donc une enquête rocambolesque et farfelue où filatures, pneus crevés et même meurtre seront de la partie !
Dépassant le cas de Vincent, Marie Baudet observe finement notre société et pointe nombre de situations où tout un chacun se laisse aller à ses observations, ne se privant jamais de juger et critiquer : d’une actrice taxée d’avoir recouru à la chirurgie esthétique ou d’être folle à une amie qui se serait créé toute seule son cancer, ou encore aux cours de yoga destinés à se libérer de pensées limitantes en passant par une master class littéraire jugée trop longue avec un auteur au charisme douteux en la personne de Nicolas Mathieu…
Une BD qui nous renvoie à nos propres travers et notre capacité à nous laisser souvent aller à la critique facile. Pour quelle raisons ? Se rassurer sans doute, se faire mousser parfois, se distraire aussi probablement.
Une préoccupation que j’avais partagée ici il y a quelques temps où je reconnaissais n’évoquer sur les réseaux que les ouvrages appréciés, délaissant les autres, faute de temps, d’envie et de sentiment de légitimité. Si sur le principe les critiques négatives d’ouvrages ont leur utilité et font partie du « jeu », encore faut-il qu’elles soient bien faites et argumentées.

© Francesca Mantovani
À propos de l’auteure
Marie Baudet compose, à la peinture ou aux feutres, un univers nourri de photographies vernaculaires, empreint de nostalgie et hautement coloré. Lauréate du concours Jeunes Talents du Festival d’Angoulême, elle publie L’Amour, après (2023, scénario de Baptiste Sornin) et Eyes Without A Face (2024) aux Éditions Rivages / Actes Sud. Elle est également illustratrice pour la scène musicale, la presse, la littérature et la mode. Ses travaux ont été exposés à la Galerie Arts Factory.
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