200 mètres nage libre – Pauline Desnuelles

Un roman court et intense, au rythme des vagues agitées de l’Atlantique, des thèmes forts abordés avec subtilité, des mots percutants, qui vous retournent à l’image des kitesurfeurs évoluant sur l’océan.

Editeur : Emmanuelle Collas

Parutions : Mai 2018

Prix : 14 €

Nombre de pages : 152 ; Pas de version ebook disponible

C’est l’été ! Envie de mer, de soleil et d’activités balnéaires ? Destination le Cap-vert pour un dépaysement garanti ! Et pourtant…

Loin de l’image de carte postale que véhicule cette île dans l’imaginaire collectif, la vie pour ses habitants n’y est pas paradisiaque. C’est l’expérience à laquelle Liam, héros du livre de Pauline Desnuelles, se trouve confronté.

Le cœur brisé à la suite d’une rupture amoureuse, il fuit son Irlande natale pour un nouveau départ, guidé par la recherche d’un spot où s’adonner à son sport de prédilection, le kitesurf. Arrivé au Cap-Vert, il commence à enseigner ce sport aux touristes et fait un constat surprenant : beaucoup d’habitants de l’île ne savent pas nager, alors même qu’ils sont nombreux à vivre de la pêche ! La réalité se révèle ainsi très éloignée de ce qu’évoquait l’île à ses yeux, aride et dure, battue par les vents, isolée. Les cap-verdiens vivent avec très peu et l’horizon pour tous les jeunes est assez bouché : difficile de s’évader pour une vie meilleure. Ému, Liam décide de donner des leçons de natation aux enfants et le succès est rapidement au rendez-vous. Apprécié des habitants du village, Liam s’intègre parfaitement et vit apaisé, débutant même une relation avec une jeune femme polonaise rencontrée sur l’île. Les enfants sont en confiance avec lui et les parents lui en sont reconnaissants.

Jusqu’au jour où l’une de ses élèves âgée de 16 ans disparaît alors qu’elle devait participer à une compétition de natation, un « 200 mètres nage libre ». S’est-elle noyée ? Si Liam avait rapidement trouvé sa place dans cette communauté, celle-ci se retrouve immédiatement menacée : n’est-ce pas sa faute si la petite a disparu ? Ostracisé, Liam vit naturellement très difficilement la situation, rongé par la culpabilité.

Avec 200 mètres nage libre, Pauline Desnuelles livre un roman court et intense, au rythme des vagues agitées de l’Atlantique. Il y a dans ces pages des thèmes forts abordés avec subtilité, des mots percutants, qui vous retournent à l’image des kitesurfeurs évoluant sur l’océan. Un livre portant sur les rapports qu’entretiennent les hommes, tout d’abord avec la nature, le milieu qui les entoure, mais aussi entre eux, leurs interactions quand l’un émigre dans un autre pays, quand il enseigne son savoir aux autres, ou quand il tombe amoureux et envisage alors un avenir possible.

Un fil rouge, l’océan. En couverture, on voit cette vague qui annonce un roman proche des éléments, de l’essentiel. J’ai particulièrement apprécié la manière dont l’auteur décrit les rapports entre les hommes et l’eau, très sensuels, une danse intime lorsque les deux se rencontrent :

« quand il est sur l’eau, Liam éprouve quelque chose de spécial (…). Il se laisse emporter, roule des hanches comme une femme qui accepte la danse mais se donne le choix du style. Longues enjambées en arrière, en avant, petit pas fringants. Cette mer est fougueuse. Liam sait en jouer. Il sait comment la prendre pour qu’elle l’emmène où il veut. C’est un homme direct, pas de calcul. Réagir vite, avec précision, c’est ce qu’il faut avec ces courants capricieux ».

Des rapports parfois plus durs quand les hommes se rencontrent entre eux, et là, c’est le sujet de l’intégration, de la migration, qui est particulièrement bien vu, d’une manière originale puisqu’ici, c’est au Cap-vert qu’un étranger s’installe et Pauline Desnuelles parvient à montrer que la problématique, dans un sens ou dans l’autre, est la même. Une enfant du pays qui disparaît et l’étranger en est forcément le responsable :

« La colère gronde, gagne les cœurs, flétrit les esprits. Elle crispe les corps et les poings. Des hommes s’excitent, profère leurs mots durs. C’est cours de natation, la belle affaire. Faire croire aux gosses qu’ils peuvent se mesurer avec l’océan.

On s’en prend à l’Irlandais, avec ses bonnes intentions mielleuses, qui pensait tout changer, entraîner la population locale dans ses fantasmes d’Européen. Quelle connerie, cette compétition ! Comme si nos gamins pouvaient être des champions. Nourrir des chimères. On pouvait s’en tenir au foot ! »

Alors, être libre de partir, mais dans quel but ? La vie est-elle nécessairement meilleure ailleurs ?

Enfin, ce livre parle aussi d’enseignement, à travers les cours que Liam donne aux touristes et aux enfants et qui donnent un sens à sa vie, pense-t-il tout du moins. Il évoque plus précisément la transmission, celle d’un père un devenir peut-être. De jolis mots à découvrir, une plume à suivre.

©Frédéric Laverriere

À propos de l’auteur

 

Pauline Desnuelles est une auteur franco-suisse. Elle vit à Genève où elle est traductrice. Elle est également active dans les milieux de défense des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Son premier récit, Au-delà de 125 palmiers (La Rémanence, 2015) relevait de l’autofiction ; D’ailleurs, les gens… (Éditions des sables, 2016), de l’ordre du témoignage, donnait voix aux populations émigrées de Genève. 200 mètres nage libre est son premier roman.

Le site de Pauline Desnuelles : L’entaille des jours

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